LivredePerleDans un royaume lointain, la petite fée Oliå découvre le corps sans vie de son amoureux, le prince Iliån. L’esprit de celui-ci a été envoyé dans un autre monde, celui où l’on ne croit plus aux contes de fées. Recueilli par une famille de confiseurs, à Paris, Iliån est devenu Joshua Perle, mais rêve de retrouver son pays et sa fée…

J’ai été élevée avec les contes de fées et de princesses mais pas au point d’en lire encore à l’âge adulte. Ma princesse préférée, ça a toujours été Mulan, la plus bad ass des héroïnes Disney. Je n’aurais donc pas été a priori attirée par le roman de Timothée de Fombelle. Car à part quelques exceptions telles que l’excellent Vive la République de Marie-Aude Murail, les livres estampillés jeunesse ou young adult ont plutôt tendance à m’agacer.

Je dois donc remercier mes collègues de m’avoir collé dans les mains Le Livre de Perle parce qu’il fallait le lire et que « tu es la plus jeune ». Pas très inspirée par le résumé qui ne donne que très peu d’indices sur l’histoire, c’est donc sans aucune attente que j’ai ouvert le roman. Et la magie opéra…

Dès les premières pages, j’ai été séduite par l’écriture de Timothée de Fombelle, qui a compris que ce n’est pas parce qu’on s’adresse à de jeunes lecteurs qu’on doit diminuer son niveau d’exigence stylistique. Ses phrases sont fluides, son vocabulaire soigné, et il se dégage de son texte un mélange de douceur et de poésie, perceptible notamment dans les descriptions du magasin de confiseries. Mais aussi un humour subtil et porteur de réflexion (« Les guimauves n’étaient ni juives, ni collaboratrices, ni communistes. Elles étaient du parti du sucre. »). Il y a de l’investissement dans cette écriture, et pas seulement parce que l’écrivain finit par se confondre avec le narrateur. À une époque où l’individualisme devient la norme, où la dystopie est le modèle littéraire des jeunes et où les pouvoirs des héros sont liés aux nouvelles technologies, il faut vraiment croire en son message pour oser livrer une histoire romantique, prônant l’amour et la fidélité à toutes épreuves, et ressuscitant les fées telles qu’on peut les trouver chez James Barrie par exemple.

Un pari risqué donc que ce livre qui en plus de développer un univers onirique et de nous entraîner dans l’aventure de héros si attachants, nous plonge dans l’Histoire en évoquant la Seconde Guerre mondiale. Encore un repoussoir habituel dans mes lectures : j’ai horreur des histoires de guerre. Pourtant, quand Timothée de Fombelle évoque les batailles, les rafles et les dénonciations, on y est, on y croit, et on ne ressent pas l’exaspération habituelle face à tous ces romans interchangeables qui disent et redisent l’horreur pour laquelle il n’y a pas de mots justes. À travers le regard de son héros d’un autre monde, l’auteur nous donne une nouvelle perspective, intéressante et traitée sous le mode du récit d’aventure.

Bref, la Pépite que ce roman a remportée au salon du livre de Montreuil est plus que justifiée. Il y a dans Le Livre de Perle ce mélange de rêve et de sérieux, de bons sentiments et de noirceur, d’humour et de profondeur, et ce style reconnaissable et subtil qui font les grands romans. Dès lors, la mention « jeunesse » n’est plus qu’anecdotique.

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