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lécrivainnationalSerge est invité dans la petite ville de Donzières par le maire, qui le présente à ses administrés comme « écrivain national ». L’auteur apprend rapidement que toute la ville est en émoi suite à la disparition d’un vieil homme. Un couple de marginaux est soupçonné de l’avoir assassiné. La photo de la jeune femme interpelle l’écrivain…

Le roman de Serge Joncour est un de ceux de la rentrée littéraire qui me mettait vraiment en appétit. Non que je connaisse particulièrement cet auteur, j’ai même eu une réticence en apprenant que le film U.V., que j’avais détesté, était adapté d’un de ses livres. Mais tout de même, cette histoire de résidence d’écrivain et de fait-divers, cela me rappelait beaucoup trop Tamara Drewe pour que je n’aille pas voir de plus près de quoi il retournait.

Bien m’en a pris. À la lecture, j’ai eu l’impression qu’enfin un roman sélectionné dans la course aux prix littéraires (il était dans la deuxième sélection du Renaudot) ne me décevait pas. Pas de fioritures, pas de faussetés : le roman de Serge Joncour ne fait pas d’esbrouffe et se contente d’embarquer tranquillement le lecteur dans une histoire improbable… mais réelle ?

Car l’une des originalités de ce roman, c’est d’interroger la frontière entre fiction et réalité d’une façon plutôt habile. Moi qui ne supporte pas les autobiographies vaguement romancées, je me suis laissée séduire par le postulat de l’auteur, qui part d’une situation vécue (une invitation d’un mois dans une petite ville de province pour animer des ateliers d’écriture et rencontrer ses lecteurs), pour dériver vers le fait-divers et le portrait d’une communauté restreinte, celle de cette ville perdue au milieu de la forêt, où tout le monde s’épie et se juge.

Huis-clos végétal, la forêt de Serge Joncour réactive nos peurs d’enfance : l’obscurité, l’égarement, l’isolement, les monstres qui la peuplent et la fée (ou la sorcière ?) qui semble régir ce royaume inquiétant. Mystérieuse, Dora attire Serge comme un aimant, mais fascine aussi le lecteur qui brûle de connaître le fin mot du fait-divers. Pourtant, on ne peut pas dire que l’auteur crée un suspense haletant. Il s’agit plutôt d’une curiosité piquée par des détails, refluant et se réveillant au rythme des équipées de Serge vers l’Épeau.

S’il n’évite pas tous les clichés relatifs à la province profonde (peur de l’inconnu, commérages, manque de culture…), Serge Joncour dresse toutefois des portraits intéressants : les libraires, l’hôtelière, le maire… Surtout, il nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un écrivain, n’hésitant pas à briser le mythe. Loin d’être un génie snob, l’auteur est un homme comme les autres, qui tient mal l’alcool, ne fait pas assez de sport, est perdu sans connexion internet et se reproche sa veulerie. Pourtant, il ne passe pas inaperçu dans la bourgade et tous observent ses faits et gestes et semblent consigner le moindre de ses mots. À travers la fiction, c’est le rôle social de l’écrivain que Joncour interroge avec intelligence. L’auteur a-t-il encore une aura ? Celle-ci lui confère-t-elle des responsabilités particulières ? Toutes les questions ne trouvent pas de réponse, et reste à la fin du livre le goût du paradoxe : alors que Serge-le-personnage a affirmé qu’il n’écrirait pas sur le fait-divers, Serge-l’auteur en fait un roman.

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