louLou a 13 ans, elle vit avec sa mère Emma, traductrice, dans un appartement rempli d’objets chinés dans des brocantes. Quand elle ne surveille pas le beau Tristan par la fenêtre avec sa copine Mina, Lou échafaude des plans pour que sa mère sorte de sa routine. L’arrivée du nouveau voisin de palier Richard apparaît providentielle.

Disons-le tout de suite, je n’ai jamais lu les BD « Lou ». Par contre, j’identifiais très bien les couvertures arborant une petite blonde croquée d’un trait enfantin et tendre. Le genre de dessin que l’on imagine plus donner lieu à un film d’animation qu’à un long-métrage classique. Quels acteurs pour donner vie à ces personnages stéréotypés ? Le casting était à mon sens une des clés de la réussite de ce projet.

À voir les dessins, je n’aurais jamais pensé à choisir la pétillante et sensuelle Ludivine Sagnier (que l’on souvienne de ses performances dans Peter Pan, Swimming Pool ou plus récemment Amour et turbulences) pour incarner Emma, mère célibataire déprimée et parfois moins mature que sa fille adolescente. Mais sous sa perruque brune et ses énormes lunettes, il faut reconnaître que l’actrice fait bien le job, et que son numéro de clown triste donne lieu aux scènes les plus désopilantes du film (mention spéciale pour la rencontre avec Richard et la scène où Tristan vient rendre visite à Lou). J’aurais sans doute encore moins pensé à Nathalie Baye dans le rôle de la grand-mère acariâtre, personnage intéressant car elle vient apporter une réelle gravité au film et en révèle le seul enjeu vraiment important : Emma arrivera-t-elle à devenir enfin adulte et à se détacher du regard maternel ? Mais la meilleure surprise est sans doute Kyan Khojandi (que l’on ne présente plus depuis le succès de Bref), qui endosse à merveille la peau (de mouton) de Richard.

Concernant les jeunes comédiens, mon avis est un peu plus réservé. Certes, physiquement, ils sont plutôt bien choisis, et Lola Lasseron, qui est de presque tous les plans, tient bien le rôle… hormis en voix off. Une accentuation traînante assez « bébé » qui contraste avec un vocabulaire parfois très adulte font de cette voix off une surimpression souvent désagréable par rapport aux scènes vues. Les plus marquantes sont d’ailleurs celles dont elle est absente, comme le passage dans le lasergame.

Côté scénario, Julien Néel a réussi à condenser les 4 premiers tomes de sa BD en un film. Forcément, il a fallu couper et parfois changer l’ordre des événements. Le résultat : une intrigue un peu décousue, qui semble plus ou moins chapitrée (notamment lorsque survient à nouveau l’image initiale du bol de lait), sans que l’on comprenne très bien comment ni pourquoi.

Là où le film est vraiment intéressant, et même très intéressant, c’est dans le travail de l’image. Les décors sont fabuleux, en particulier l’appartement de Lou et de sa mère (la malle de la honte, le décor de la série tournée par Lou avec ses Barbies…), les accessoires hallucinants, et les costumes de même. On ne sait plus où poser les yeux face à une profusion de détails et de couleurs jamais vue, basculant par moments dans un onirisme enfantin qui n’est pas sans rappeler les films de Yann Samuell. De plus, des éléments d’animation s’ajoutent au film, notamment pour illustrer le roman de science-fiction d’Emma. Un travail impressionnant, surtout si on pense que c’est la première expérience de Julien Néel à la réalisation, et qu’il réussit à parfaitement mettre en valeur le travail des décorateurs et accessoiristes.

Un film à aller voir moins pour l’histoire qu’il raconte que pour passer un moment amusant et en prendre plein les yeux !

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