17fillesEn classe de 1e L à Lorient, Camille, délaissée par une mère débordée, tombe enceinte par accident. Elle décide de garder l’enfant et en fait part à ses copines. Dans sa classe, Florence, la tête de turc, attend également un bébé. Cela donne une idée à Camille : si toutes ses amies tombaient enceintes en même temps, elles pourraient vivre ensemble et élever leurs enfants en communauté… 

J’avais loupé « 17 filles » en 2011 lors de sa sortie au cinéma, et pourtant, je me souvenais que le scénario m’avait intrigué. Comment dix-sept jeunes filles d’un même lycée peuvent-elles se retrouver enceintes simultanément ? Quelles peuvent être leurs motivations ? Ce sont sans doute ces mêmes questions qui ont guidé Delphine et Muriel Coulin lorsqu’elles ont décidé de réaliser ce film, inspiré de faits réels. En effet, cette histoire a bien eu lieu, mais aux Etats-Unis, où l’on a alors rapidement accusé l’influence du film Juno (de l’excellent Jason Reitman, dont j’ai beaucoup aimé In the air).

Mais à Lorient, pas besoin de soupçonner le cinéma indépendant américain pour comprendre à quoi ces jeunes filles veulent échapper : crise du port de pêche, adultes absents, résignés ou peu soucieux de comprendre leurs filles, c’est la solitude et la débrouille qui semblent régir la vie des adolescentes qui n’ont rien de mieux à faire que de traîner sur le tourniquet du square ou sur la plage, là où les coccinelles ont envahi le sable.

Pourtant, le désœuvrement ne suffit pas à expliquer cet engouement soudain pour la maternité. Pour Camille, qui affirme qu’elle aura « quelqu’un qui l’aimera sans conditions », il s’agit surtout de combler un vide affectif. Pour les autres, les motivations sont parfois plus floues mais on retiendra un trait évident de l’adolescence : la volonté de marquer son appartenance à un groupe amical soudé, et le désir de pérenniser les liens très forts qui se construisent entre lycéennes. Ce côté « pacte » m’a rappelé mes propres souvenirs de ces années chaotiques où l’entourage amical joue un rôle déterminant dans la construction de l’identité.

Cette fraternité (sororité ici, plutôt, car les garçons sont très peu présents, simples géniteurs puis vagues prétextes à quelques rivalités amoureuses qui se résolvent dans une forme de partage tacite, accentuant le côté hippie des demoiselles) est totalement crédible grâce au choix de jeunes comédiennes, pour la plupart peu connues avant ce film, mais pas novices (Louise Grinberg, sublime et impressionnante de détermination, avait été repérée dans Entre les murs, Roxane Duran pouvait déjà être remarquée dans Le Ruban blanc, Esther Garrel avait à son actif L’Apollonide et Camille Redouble…). Leur mélange de candeur utopiste et de rébellion, de tendresse et de violence, de maturité et d’enfance, est touchant et troublant, particulièrement chez la jeune Yara Pilartz – Clémentine – qui semble à peine sortie de l’enfance et s’apprête pourtant à donner la vie. J’ai toutefois regretté que certains personnages ne soient pas davantage développés, comme Mathilde – Solène Rigot – qui refuse de tomber enceinte comme ses copines.

Bien sûr, le spectateur prédit dès le départ que les rêves de ce groupe de jeunes filles ne pourront aboutir, pourtant on se prend par instant à les admirer et à se demander si leur choix, pour choquant qu’il puisse paraître aux adultes, ne mérite pas d’être considéré autrement que comme une inconséquence. Le film n’apporte pas toutes les réponses, qu’importe : il pose déjà des questions pertinentes, avec intelligence et énergie, à l’image de sa bande-son dynamique (interprétée entre autres par Izia Higelin).

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