gemma boveryVoilà sept ans que Martin Joubert a quitté Paris pour reprendre la boulangerie paternelle en Normandie. Mais sa tranquillité est troublée par l’arrivée de nouveaux voisins, Charlie et Gemma Bovery. Fasciné par la jeune Anglaise, Martin voit en elle l’héritière du destin tragique de l’héroïne flaubertienne.

Soyons sincères : j’ai rarement eu autant de mal à trouver quoi dire d’un film. J’étais plutôt enthousiaste à la vision de la bande-annonce (malgré le côté agaçant du plan face caméra de Fabrice Luchini en narrateur, mais heureusement, passée cette scène, le procédé n’est pas réutilisé dans le film). La combinaison adaptation d’un roman graphique de Posy Simmonds-Gemma Arterton dans le rôle-titre me rappelait le délicieux Tamara Drewe. Pourtant, la mayonnaise n’a pas pris. Normal, pour un film tourné au pays de la crème fraîche, me direz-vous.

Est-ce parce qu’Anne Fontaine n’est pas Stephen Frears, ou parce que le roman initial est moins convaincant ? J’aurai du mal à trancher, mais je décèle clairement un problème de montage voire de construction du film. Dès le début, le spectateur est prévenu : la fin sera beaucoup moins légère que la tonalité de la bande-annonce le laissait présager. De ce fait, le spectateur méfiant évite de trop s’impliquer émotionnellement dans les histoires des personnages, en prévision d’une tragédie annoncée. Cette fameuse fin, si elle reste en partie surprenante, est assez mal gérée avec une suite de scènes dont on comprend mal comment elles s’imbriquent. Total, on se demande si on a bien saisi, ce qui empêche toute empathie.

Il y a sans doute une deuxième raison à cette distance forcée du spectateur : le choix du point de vue adopté, celui de Martin Joubert, à travers l’œil duquel sont vues toutes les scènes. Oui, toutes, même celles auxquelles il n’assiste pas et qui sont comme fantasmées par le boulanger. En tout cas, jamais nous n’entrons dans la psyché d’un autre personnage. De ce fait, même la protagoniste est reléguée au rang de personnage secondaire, uniquement vue en extériorité. Ce parti-pris contemplatif engendre un sérieux manque de vie qui se traduit par un ennui du spectateur. Pourtant, les amours de Gemma auraient pu être l’occasion d’un peu plus de passion, mais l’émoi de la jeune femme semble toujours superficiel.

Je ne pense cependant pas qu’il faille blâmer l’actrice, qui réussit à faire passer beaucoup de subtilité dans chaque regard et de sensualité dans chaque geste. Mais la romance de Gemma avec l’insignifiant Hervé et l’imbroglio autour de Patrick, parachuté d’on-ne-sait-où dans l’histoire, ne la rendent pas très sympathique. Finalement, je me suis demandé si le vrai problème du film n’était pas d’être réalisé par une Française : j’aurais préféré un point de vue british qui aurait sans doute permis d’approfondir des personnages comme Charlie Bovery ou Rankin, le mari de l’exaspérante Wizzy.

Bref, à part quelques scènes poétiques en forêt, on retiendra surtout la bande originale bien choisie et le charme de Gemma Arterton, même mal exploité. Un conseil : allez plutôt revoir l’excellent Tamara Drewe, bien plus drôle et mordant.

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