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fractaledesraviolisParce que son mari l’a trompée, elle décide de l’empoisonner avec un plat de raviolis. Mais l’arrivée inopinée du fils de la voisine vient bouleverser ses plans. Comment s’en sortir ? Elle repense à l’à-propos de son père pour se tirer des situations délicates, comme avec l’histoire des vierges de Barhofk…

Fractale : objet géométrique dont chaque proportion a une surface identique, ce qui fait que, quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, il reste toujours similaire.

Ravioli : carré de pâte fourré de viande hachée.

Vous ne voyez pas le rapport entre les deux ? C’est normal. Le rapport, personne n’en aurait eu l’idée. Personne, sauf le génial – je pèse mes mots – Pierre Raufast. Le coup d’essai romanesque de cet ingénieur qui a commencé à raconter des histoires pour ses enfants est un coup de maître qui renvoie les grands noms de la rentrée littéraire à leurs défauts : une incapacité à se défaire des effets de mode et à réellement innover.

Pierre Raufast, lui, n’a pas peur de la nouveauté. Certes, on pourrait trouver des prédécesseurs à son roman : Jacques le Fataliste, pour le goût de la digression et les histoires enchâssées, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, pour le dépaysement et l’inventivité. On n’est même pas si loin de Boris Vian avec une certaine poésie qui apparaît dans la création d’un syndrome déformant la vision pour le pire ou le meilleur (« le syndrome de Sheridan »). Certaines situations grinçantes ne sont pas sans faire penser à Roald Dahl (notamment à la nouvelle « Coup de gigot »). De ce mélange des genres naît l’originalité d’un roman qui mériterait de faire parler de lui davantage que toutes les exofictions de la rentrée.

Moi qui aime qu’un livre me raconte une histoire, je suis servie : ici, c’est une dizaine d’histoires (difficile de les dénombrer précisément tant elles s’entremêlent) qui sont livrées au lecteur sur un ton agréable et complice, comme un conteur au coin du feu.

Ce qui me fascine dans ce livre, c’est l’imagination débridée de son auteur, qui pourtant retombe toujours sur ses pieds et parvient, grâce à un arrière-plan scientifique ou historique précis, à rendre toutes ses fantaisies vraisemblables. Au point que l’on ne sait plus ce qui existe ou non : j’ai par exemple cru pendant toute ma lecture que le rat-taupe était une pure invention ! Tirer de la réalité autant d’idées et une telle galerie de portraits, je n’avais pas lu cela depuis longtemps.

De plus, on est loin du feel-good book : si on peut être charmé par la poésie de certaines histoires et si l’on rit souvent, le fond n’est pas vraiment léger et bien souvent grinçant ou cruel. Mais où est la limite entre le monstre et l’individu simplement un peu différent ? Qui est fou, qui ne l’est pas ? Pour tous les personnages de Pierre Raufast, la question se pose : s’agit-il d’un psychopathe ? Méfiez-vous, lecteurs, les personnages en apparence les plus terrifiants ne seront pas forcément les auteurs des pires crimes, et vice-versa.

Un roman absolument original, noir et coloré, drôle et macabre, fantaisiste et profond, dont chaque chapitre reflète le tout et qui finit par boucler parfaitement la boucle sans avoir égaré son lecteur. À ne surtout pas laisser passer !

Trois questions à… Pierre Raufast

Pierre Raufast est un auteur connecté : accessible sur twitter, il tient également un blog délivrant des anecdotes sur l’écriture de son roman (http://raufast.wordpress.com).

  • Comment vous est venue l’idée de la fractale comme motif de construction romanesque ? A-t-elle été difficile à appliquer ?

Une fois les histoires définies, la structure fractale s’est imposée spontanément comme colonne vertébrale du récit. Comme je l’explique dans mon blog  (http://raufast.wordpress.com/2014/09/10/anecdote-decriture-2-la-structure/), la construction de cette structure a été une partie très amusante du travail d’écriture.

  • Laquelle des histoires du roman est née la première, et la dernière ?

Le récit s’est construit autour de l’histoire des rat-taupes. Ce fut la première.

La fin a été complètement modifiée quelques mois avant la publication : c’est donc le dernier chapitre à avoir été écrit.

  • Qu’éprouvez-vous pour vos personnages ? Si l’on vous dit qu’ils ressemblent tous plus ou moins à des psychopathes, qu’en pensez-vous ?

Bravo ! Peu de personnes ont remarqué cela. C’est pourquoi il y a cette citation de Gogol en début du livre. « Aime-nous noirs, chacun nous aimera blanc. »

Car il est facile d’aimer les gens quand ils sont gentils dans un monde de « Bisounours ». Quand on découvre le côté obscur d’une personne, il est beaucoup plus compliquer de l’aimer. Cela s’applique à la vie privée et professionnelle.

Mille mercis à Pierre Raufast pour ses réponses et sa disponibilité.

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