lescombattantsÀ la mort de son père, Arnaud reprend avec son frère l’entreprise familiale de construction d’abris de jardin. Mais cet été-là, sur la plage, des militaires de l’armée de terre cherchent de nouvelles recrues. Une opportunité qui séduit Madeleine, obsédée par l’idée de survie. 

J’aime les premiers longs-métrages autant que les premiers romans, et pour les mêmes raisons : découverte d’un univers, d’une patte parfois encore maladroite mais au moins fraîche et originale. C’est sans doute ce qui m’a poussée à aller voir Les Combattants, dont le thème, l’armée, n’avait pourtant rien pour me plaire. En visionnant la bande-annonce, j’avais un peu peur de l’effet Grand Central : la plongée dans un univers fermé et intrigant, dévoyée par une improbable histoire d’amour servie par des interprètes médiocres.

Heureusement, cette crainte a vite été déjouée par le talent de Kévin Azaïs et Adèle Haenel, bien plus vrais que Tahar Rahim et Léa Seydoux. Moins expérimentés, sans doute, d’où certains flottements dans le jeu, notamment lors des discussions entre Arnaud et ses potes, parfois un peu surréalistes (la scène du poisson-chat par exemple). Le milieu du film, avant le départ des deux protagonistes pour leur stage dans l’armée, m’a d’ailleurs un peu agacée, développant une vision des jeunes Français moyens assez déprimante : pauvreté des conversations, sottise, clichés sur la France et l’idée que ce serait forcément mieux ailleurs… Mais on ne s’attarde guère sur l’entourage d’Arnaud, et c’est tant mieux, car là n’est pas l’intérêt du film.

L’intérêt, on l’aura compris, c’est Madeleine. Cassandre des temps modernes annonçant pour demain une apocalypse à base de réchauffement climatique ou d’accident nucléaire, la belle et fruste jeune femme a plaqué ses études de macroéconomie pour se concentrer sur son délire survivaliste. Résultat, elle nage avec un sac à dos rempli de tuiles, boit des poissons crus mixés, et crache ce qu’elle pense à la figure de ceux qui auraient le malheur de croiser sa route. Thomas Cailley utilise un temps ce personnage comme une caricature destinée à amuser le spectateur, car le film tient ses promesses du côté de la comédie, et les fous rires sont au rendez-vous, contrairement à ce que le pitch pouvait laisser supposer.

Mais là où le réalisateur et l’actrice sont vraiment forts, c’est lorsqu’ils parviennent peu à peu à calmer les rires et à ouvrir une brèche dans la carapace de Madeleine. Aux côtés d’Arnaud, le spectateur se laisse alors charmer par ce personnage peu commun. C’est selon moi la partie la plus intéressante du film, lorsqu’Arnaud et Madeleine se retrouvent seuls dans la forêt, libérés des carcans sociaux, de leur entourage et de la rigueur de l’armée. On notera d’ailleurs que, loin d’être un coup de pub pour l’institution militaire, le film en montre plutôt les travers : valorisation de l’esprit de sacrifice et d’obéissance brute, sexisme révoltant, muselage de la réflexion…

C’est dans la solitude d’une nature mi-nourricière mi-hostile que les vraies questions vont se poser aux jeunes gens, et qu’Arnaud va révéler sa valeur. Après s’être laissé mener par le bout du nez durant presque tout le film, c’est lui qui enseigne à Madeleine cette vérité fondamentale : survivre, c’est d’abord être capable de force d’âme et de patience. Bien sûr, le film ne déroge pas à la romance attendue entre les deux, et la caméra de Thomas Cailley rappelle alors celle d’un Kechiche, filmant les corps au plus près, sans fausse pudeur.

Sans dévoiler la fin du film, il faut quand même signaler qu’elle est forte en rebondissements et en suspens, et tire la comédie de départ du côté du drame. Il en résulte un mélange de maladresse et de candeur, de rire et de gravité, assez rare au cinéma. Certes, le film est assez court et aurait pu aller un peu plus loin dans la réflexion sur le survivalisme, mais il atteint un équilibre empreint de grâce et offre deux beaux portraits de jeunes gens d’une intensité rare.

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