Le Ray’s Day est la journée de la lecture instaurée par Neil Jomunsi en hommage à Ray Bradbury. Pour la célébrer à ma manière, voici mes impressions et celles de mes lecteurs sur notre passion commune.

Je n’ai pas souvenir d’avoir vécu sans livres. Avant de savoir lire, il y a eu les livres à toucher, les albums colorés, les histoires racontées le soir pour m’endormir. Tout un univers que l’on m’offrait mais qui se refusait à moi dès qu’aucun adulte n’était présent pour m’y accompagner. J’ai alors demandé à ma mère de m’apprendre à lire, dans le manuel d’autrefois qu’elle avait conservé. B-A BA à la maison, puis Ratus et ses amis à l’école m’ont ouvert les portes de cette activité passionnante qui a pris une place primordiale dans la suite de ma vie. Qu’ai-je cherché à travers tous les livres empruntés chaque semaine à la médiathèque voisine ? Qu’ai-je trouvé dans ces pavés que l’on m’offrait à Noël ? Et aujourd’hui, qu’est-ce qui me fait tourner des pages, encore et encore, au point d’avoir voulu en faire mon métier ?

Montesquieu disait qu’une heure de lecture dissipe tous les chagrins. Recette que j’ai maintes fois éprouvée : lire, c’est s’abstraire de soi et du monde pour ne faire qu’un avec les personnages nés des mots et évoluer dans leur univers. La lecture évasion, la lecture divertissement, histoire de laisser de côté nos soucis et de se délasser. Pourtant, il n’est pas rare qu’une phrase m’apparaisse soudain comme une vérité parfaite, le plus souvent une vérité de sentiment, qui met à jour un état de l’homme, une sensation éprouvée mais que l’on n’aurait su qualifier. Lire, c’est donc aussi découvrir l’expression plus vraie que nature de la vie sous toutes ses formes. Alors qu’on croyait s’évader, un mot peut suffire à nous reconduire au réel, à notre vie, à la société, au cœur des hommes. Ce va-et-vient entre fiction et réalité, entre les mots couchés sur la page et l’univers qu’ils déploient, entre le plaisir et la réflexion, je ne l’ai jamais retrouvé ailleurs que dans un livre. D’où cette passion de la lecture, et de la faire partager, comme toutes les bonnes choses qui se savourent mieux ensemble. C’est pourquoi j’ai voulu ne pas être la seule à m’exprimer aujourd’hui, et laisser la parole à tous ceux qui lisent et qui ont la gentillesse de compter ce blog parmi leurs lectures. Célébrons ensemble le Ray’s Day, amis lecteurs !

Nathalie : De mon côté, quand je pense au plaisir de lire et à ce qu’il m’apporte, la première chose qui me vient en tête c’est le souvenir de mes vacances scolaires quand j’étais enfant. Je dois être une des rares enfants façon « Harry Potter » qui n’aimait pas les vacances : je les passais chez ma grand-mère qui ne prenait aucun plaisir à avoir ses petits-enfants autour d’elle. Elle se contentait d’allumer la télé toute la journée pour que nous lui fichions la paix. J’en ai eu vite marre des dessins animés en continu alors j’ai commencé à explorer d’autres activités qui me permettent de passer le temps sans trop m’ennuyer, et la plus agréable était la lecture. J’ai exploré en long et en large la bibliothèque de la maison, pleine de ces jolis livres aux pages en papier-oignon aux reliures de cuir assorties qui n’avaient jamais été lus avant et n’ont plus jamais été lus depuis, mais c’étaient des romans pour adultes et j’avais entre 8 et 10 ans, ils m’ennuyaient vite. Alors de temps en temps je suppliais ma grand-mère de descendre du grenier les livres que mon père et mon oncle possédaient quand ils étaient petits. J’ai lu tous les romans de la Comtesse de Ségur, une bonne partie de la Bibliothèque rose et la Bibliothèque verte, je dévorais, je n’en avais jamais assez. Je me vois encore, enfermée dans une chambre, à lire en moyenne trois romans par jour et à finir la soirée avec des maux de tête… Depuis lors, ma vie a beaucoup changé et mes lectures aussi, mais il reste toujours des moments où j’ai besoin de m’échapper et la lecture reste mon jardin secret.

Riana Rakotoarimanana : Avant les livres il y a eu la BD : le journal Spirou acheté fébrilement chaque mercredi, disputé âprement à mon père, avec notamment les adaptations des contes d’Alphonse Daudet qui finissaient souvent mal

Premier livre: Madame trotte-menu de Beatrix Potter

Souvenirs d’enfance: dévorer le contenu de la bibliothèque de l’école, rayon par rayon : bibliothèque rose, verte, rouge et or, bibliothèque de l’amitié ; lire en cachette les livres de mes parents en particulier les San-Antonio (je n’y comprenais rien mais c’était interdit donc intéressant)

À l’adolescence : découvrir la littérature fantastique et de science-fiction, les merveilleuses nouvelles de Ray Bradbury, les histoires terrifiantes de HP Lovecraft, les pavés de Stephen King, les sagas robotiques d’Isaac Asimov, les fabuleux délires de Douglas Adams etc…

Jeune adulte: tomber sous le charme des polars suédois des années 70, Maj Sjöwall et Per Walhoo, rester sous le choc de la trilogie de Jean-Claude Izzo, s’accrocher puis finir pas aimer les récits asphyxiants de James Ellroy ; se mettre aux versions originales et relire Ray Bradbury…et dépasser enfin les 100 premières pages du Seigneur des Anneaux (mieux vaut tard que jamais)

Amoureuse : partager un auteur (Alan Lightman), découvrir (Joyce Carol Oates, Tom Robbins), faire découvrir (Neil Gaiman)

Maintenant (42 ans + 2) : en somme toujours les même choses, les BD (Jiro Taniguchi, Manu Larcenet), la SF (Alain Damasio, Terry Pratchett), les polars (Michael Connelly, John Connolly, Fred Vargas)…mais aussi Jules Supervielle, Alessandro Baricco, Daniel Pennac, Arto Paasilinna, Alan Moore, tant d’auteurs, d’univers à découvrir que c’en est vertigineux!

Il y a aussi le plaisir de choisir le prochain livre que l’on va commencer, la sensation que demain on regrettera d’avoir lu 400 pages d’une traite jusqu’au milieu de la nuit mais que pour le moment on s’en fiche, la nostalgie anticipée de savoir qu’il ne reste plus que quelques pages avant de quitter un univers qu’on a adoré, l’égarement quand on commence à avoir 7 à 8 livres en cours, le soin que l’on met à choisir la lecture qui accompagnera un long trajet en train, des rendez-vous parfois ratés, un objet potentiellement effrayant (pas possible de dormir dans la même pièce que l’Exorciste) et toujours un moyen très puissant de s’évader, de s’émouvoir, de rire et de rêver…

Bélinda : Pour moi, la lecture c’est avant tout un plaisir. Plaisir de s’extraire d’un quotidien toujours très animé pour un moment d’immobilité, de silence ; le temps s’arrête. Plaisir de rencontrer des êtres de papier, de s’y attacher et de continuer à vivre à leurs côtés y compris quand le livre est terminé. Je pense alors aux Quatre Sœurs de Tanizaki : roman qui, avec ses huit cent pages, donne le temps au lecteur de se sentir très proche de ces femmes au quotidien pourtant banal, et pourtant singulier et si émouvant. Plaisir de mieux comprendre le monde qui nous entoure, tout en aiguisant et exerçant son esprit critique. Plaisir de se prendre de véritables claques avec une œuvre impressionnante par sa justesse, sa maîtrise. Enfin, au plaisir de la lecture, il y a celui de la langue, d’ici ou d’ailleurs, pour apprendre, écrire et se délecter des mots comme matériau.

Alisson : Lire: Déchiffrer un texte et en comprendre le sens. Oui. Mais pas seulement. Lire, c’est s’évader, s’immerger, croire, imaginer. Personnellement je préfère ne pas lire que de lire « à l’italienne », j’entends par là lire sans le ton, sans les temps, les souffles, les intentions, tout ce qui nous transporte. J’aime visualiser ce que je lis, c’est… stimulant. Voilà, pour moi lire c’est se stimuler les méninges.

Anonyme : Avant notre première expérience de lecture, il faut se souvenir de notre première expérience de non-lecture. Autrement dit, se souvenir de notre analphabétisme. Nous avons tous été analphabètes un jour. Pour ma part, j’ai éprouvé mon analphabétisme pour la première fois vers l’âge de trois ans environ, en contemplant mon père lire un journal. J’observais en contre-plongée cette grande feuille de papier pliée en deux qui semblait maintenir fermement l’attention de mon paternel. Il paraissait fasciné par ce qu’il tenait entre les mains, de mon côté je me sentais franchement hors jeu. Je comprenais bien que cette combinaison d’images lisses et de signes ésotériques voulait dire quelque chose (a priori sur le monde). À défaut de décoder, je me contentais d’admirer, non pas les photographies, que je trouvais sales et inintéressantes, mais les pleins et les déliés de ces lettres voluptueuses d’un noir franc, notamment le « g », que je préférais à toutes les autres. Voilà l’état dont je serai désormais coupée à vie. Cela dit, l’accès à la signification est irréversible, peut-être, mais il m’est encore possible de retrouver mon paradis perdu. Pour cela, il me suffit pour ma part de me connecter à un site chinois, japonais, ou arabe, ce que je fais parfois, et je me demande si j’en comprends moins bien le monde ?

Coralie : La lecture pour moi c’est un voyage, une sorte de paradis artificiel qui fait ressentir des émotions ex nihilo mais aussi un excellent moyen de m’endormir (ça dépend du livre, certains me tiennent éveillée jusque 2-3h du matin). À part le côté plaisir, il y a aussi un certain devoir, J’ai l’impression qu’il faut lire, je ne sais pas d’où ça vient, pression sociale ? Bref, quand je lis pas assez ou un roman de qualité moyenne (mais qui me tient éveillée jusqu’à 2h du matin) et bah j’ai comme une culpabilité quelque part… Bon je vais pas commencer une psychanalyse ici mais voilà grosso modo mon rapport à la lecture…

Juliette : La lecture est un moyen d’évasion, ou bien encore de s’attacher à la réalité. Le sentiment familier quand on lit un livre d’un auteur qu’on connaît bien, ressemble à celui que l’on ressent quand on revoit un vieil ami. Relire un roman qui nous a passionné plus jeune procure une exaltation sans faille. Je lis beaucoup dans les transports, 15/20 minutes matin et soir, et j’aime sortir de ma réalité pendant ces quelques instants. La magie du livre c’est de pouvoir plonger en quelques lignes dans un tout autre univers, de vivre un média qui a été pensé comme un tout et pas une succession d’épisodes censés te mettre en haleine (comme les séries télévisées). Lire c’est aussi admettre qu’un auteur ne nous convient pas, écrit « mal » selon nos critères et n’est vraiment pas de notre goût. Je lisais plus quand j’étais jeune car j’en avais le temps, et j’ai transmis cette passion à mon petit frère. Un livre commun peut rapprocher deux étrangers, un jour dans le métro un parfait inconnu m’a abordé car j’avais en main le dernier tome d’une série qu’il lisait aussi, et il ne savait pas que ce tome était sorti…

La lecture, c’est bien !

Florence : La lecture est un refuge et permet de s’évader. Mais parce qu’elle ne fait pas appel à tous les sens, elle favorise l’imagination et est donc synonyme de liberté. La lecture est variée : personnelle et silencieuse, publique et théâtrale, utilitaire et inopinée ou recherchée, passant par les yeux, les oreilles ou la voix… Elle permet la communication mais offre aussi une possibilité d’introspection. La lecture est un art nécessaire.

Pauline : Quand je suis prise dans un bon livre (car oui, parfois on prend un livre, et d’autres fois c’est lui qui nous absorbe), j’ai l’impression d’entrer dans un autre univers. Et même quand j’arrête ma lecture, il me faut un temps pour retourner à la réalité. Je ne lis pas régulièrement, mais au bout d’un moment je suis obligée d’y revenir. C’est comme une drogue, je me sens mal quand je n’ai pas un bouquin pour m’évader. J’ai une préférence pour le fantastique et le vieux polar (Agatha Christie), mais comme je suis une fille « facile » et curieuse je me laisse influencer par les lectures de ma soeur ou de mes amis pour découvrir d’autres genres, aller vers des livres inattendus quitte à être déçue, perplexe, c’est comme une expérience. L’avantage de la lecture sur la tv, c’est que nous sommes plus libres : de lire tout d’un coup ou de faire des pauses pour reprendre son souffle, de revenir quelques pages en arrière pour vérifier un détail ou de faire l’impatiente et de filer au dernier chapitre. Avec un livre, on fait travailler notre imagination, on s’imagine nos personnages, nos paysages alors qu’un film/série nous l’impose.

Aude Cenga : Pour moi, la lecture, c’est une invitation à faire une expérience qu’on ne peut pas faire dans le réel.

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