maestroHenri, 27 ans, rêve de devenir acteur dans des superproductions. Pour l’heure, il se contente de publicités qui ne lui permettent pas de payer son loyer. Jusqu’au jour où son amie Pauline le pistonne pour passer un casting avec Cédric Rovère, un des piliers du cinéma d’auteur français…

Il y a quelques mois, en faisant du repérage parmi les sorties de l’été, j’avais mis Maestro tout en haut de ma liste « à voir », en compagnie de Boyhood. Le point commun de ces deux films : un concept original. Ici, il s’agit de rendre hommage à deux grands noms du cinéma français, Éric Rohmer et Jocelyn Quivrin, à travers une mise en abyme retraçant le tournage du film Les amours d’Astrée et de Céladon.

Pour le dire franchement, celui-ci ne m’avait guère enthousiasmée et je m’étais même passablement ennuyée. Pourtant j’ai apprécié tous les autres films de Rohmer que j’ai vus jusqu’ici, mais son adaptation de l’Astrée m’avait paru très lente et désuète.

Maestro permet, en nous faisant revivre le tournage, de mieux comprendre les conditions épiques qui ont abouti à un tel résultat : manque de moyens, petit nombre d’acteurs, parfois peu expérimentés, et tout un tas de péripéties (un acteur renonce au tournage, les agriculteurs du coin refusent de cesser leurs travaux, il n’y a pas assez de pellicule…).

La reconstitution donne lieu à des scènes particulièrement drôles (les lectures dans la crypte, la crise d’hystérie de la maquilleuse, le dressage du chien), mais aussi touchantes et poétiques. On saluera surtout la performance de Michael Lonsdale, parfait en réalisateur suranné mais enthousiaste, et surtout dénicheur de talents. Face à lui, Pio Marmaï, très juste comme toujours – mais tout le monde sait que j’ai aimé tous ses films –, est flanqué de Nicolas Bridet, que je découvre ici avec plaisir. Les deux font la paire pour nous faire rire aux éclats du début à la fin du film. Lorsque le générique se clôt sur une photo d’Éric Rohmer et Jocelyn Quivrin, le spectateur se sent d’ailleurs presque gêné : est-ce normal d’avoir autant ri devant un hommage à deux disparus ?

On peut penser que c’est justement la force du film de Léa Fazer (dont j’avais aimé Notre univers impitoyable). Pourtant, par moments, je me suis prise à regretter que le film n’aille pas plus loin, notamment dès qu’il est question de réfléchir sur le cinéma, la poésie, le métier d’acteur… À ce titre, j’ai été particulièrement déstabilisée par le personnage de Déborah François, qui incarne pour Henri et son amie Pauline l’idéal féminin. Comédienne prétendument intellectuelle, en quête de subtilité, elle se révèle incapable de penser par elle-même et passe son temps à citer des anecdotes célèbres de l’histoire du cinéma pour éviter de réfléchir. Je n’ai pas non plus été très convaincue par Alice Belaïdi, présentée comme une révélation. Le film aurait sans doute pu s’épargner le triangle amoureux un peu fade qui n’était pas nécessaire à l’histoire principale, celle de la rencontre bouleversante d’un jeune comédien brut de décoffrage avec un monstre sacré du cinéma.

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