alattentiondelafemmedemenageUne narratrice veuve depuis quelques mois confie dans des lettres à sa femme de ménage la relation étrange qui la lie à Marie-Jeanne, une jeune cousine de son défunt mari qu’il avait pris la décision d’héberger et qu’elle n’est pas parvenue à chasser.

J’avais été attirée par la couverture glamour de ce petit roman au titre intriguant, et le résumé de la quatrième de couverture avait confirmé mon impression de mystère et d’érotisme.

Pourtant ce n’est pas tellement ce que j’ai retiré de la lecture de ce récit sous forme de journal intime adressé à un tiers. L’idée est originale et plutôt bien tenue du début à la fin. La narratrice, isolée avec Marie-Jeanne dans sa grande maison, n’a ni famille ni ami à qui confier ce qu’elle pense. Au lieu de tenir un carnet pour elle seule, elle choisit de livrer ses états d’âme à une dépositaire dont la discrétion lui inspire confiance : la femme de ménage qui officie chez elle depuis des années. À peine lui vient-il à l’esprit que celle-ci pourrait ébruiter ses confidences, car elle semble complètement déconnectée de la réalité du monde extérieur et des relations sociales normales.

Assez vite, on comprend que les personnages ne sont pas vraiment ce que le résumé et la couverture pouvaient en laisser attendre. En effet, la narratrice est bien jeune pour être veuve et n’a qu’à peine quinze ans de plus que la petite cousine. De plus, la mort de son mari ne semble pas l’avoir affectée plus que ça. Quant à la jeune fille qu’elle héberge, hippie paumée, gironde et paresseuse, elle n’a pas grand chose en commun avec la gravure de mode qui apparaît sur la couverture. Surtout, d’amour, il est au fond très peu question dans ce livre qui insiste sur la haine qu’éprouve la narratrice pour le monde entier, et en particulier pour elle-même et Marie-Jeanne.

C’est au fond dans la tradition du portrait de monstre que s’inscrit ce récit à la première personne qui met en scène une héroïne perturbée, malade, qui après un Œdipe poussé jusqu’à l’inceste avec son père, n’a jamais su éprouver d’affection pour personne d’autre que pour son chat, disparu alors qu’elle était adolescente. Obsédée par la propreté, les convenances, les rituels qui rythment sa vie solitaire, elle ne peut accepter tout ce que représente Marie-Jeanne : la liberté, l’insouciance, la lascivité et les élans du corps que rien de vient réfréner. C’est cette opposition qui lui tape sur les nerfs dans tous les sens du terme, l’entraînant dans une liaison avec sa rousse pensionnaire, mais lui inspirant également une détestation farouche envers elle.

On se doute qu’un personnage aussi dénué de sentiments positifs ne peut pas éternellement supporter que sa routine et son obsession du contrôle soient ainsi remises en cause. La chute doit donc être une délivrance et un retour à la solitude, quel que soit le moyen à employer. Et le lecteur qui attendait un roman trouble jouant sur le mélange des sentiments, l’érotisme, le deuil, se rend compte que finalement, l’originalité du roman d’Émilie Desvaux est d’adresser les aveux à cette femme de ménage invisible dont on peut même douter de l’existence.

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