boyhoodMason Jr. vit au Texas avec sa mère et sa sœur aînée Samantha. Ballotté au gré des déménagements, il aimerait que ses parents forment à nouveau un couple, découvre les bonheurs et les difficultés de la vie, et s’interroge sur le monde.

Boyhood est sans conteste l’un des films les plus attendus de l’été. Présenté comme une expérience inédite, le nouvel opus de Richard Linklater – connu pour la trilogie Before Sunrise, Before Sunset, Before Midnight – lui a valu un ours d’argent à Berlin. Une récompense méritée pour saluer un travail de très longue haleine. En effet, il aura fallu douze ans d’un tournage fragmenté et secret pour mener à bien le projet de Linklater : montrer l’évolution d’un enfant de 6 ans jusqu’à sa majorité.

On aurait pu craindre que les 2h45 déroulant le quotidien de l’enfant puis de l’adolescent, émaillé d’événements courants parfois plus marquants que la moyenne mais rarement extra-ordinaires, ne semblent longues au spectateur. Pour ma part je ne me suis pourtant pas ennuyée un instant.

Sans doute est-ce dû à la finesse de ce film qui révèle la très grande maîtrise du réalisateur. C’est en effet en solitaire, simplement aidé de la monteuse Sandra Adlair, que l’homme a mené sa barque. Et miraculeusement, il est parvenu à garder le cap et à ne jamais perdre l’essence de ses personnages, à travers des images sobres, une grande justesse des dialogues et une direction d’acteurs admirable. Il était en cela aidé par les remarquables Ethan Hawke et Patricia Arquette (dans l’un de ses tout meilleurs rôles en mère dévouée au bonheur de ses enfants, malgré des choix sentimentaux calamiteux). 

Le film bénéficie aussi de deux révélations. Ellar Coltrane, impressionnant de naturel dès ses sept ans, parvient à faire mûrir Mason en restant fidèle à ce qui touche le spectateur dès les premières minutes du film : le regard doucement rêveur et un peu décalé du gamin sur le monde qui l’entoure. Si Mason enfant croit que les guêpes naissent de gouttes d’eau jetées en l’air, Mason jeune adulte déplore l’uniformisation du monde née des nouvelles technologies et des carcans sociaux, et tente de réenchanter son quotidien par le biais de son appareil photo. Quant à Lorelei Linklater, la fille du réalisateur, elle campe une grande sœur plus vraie que nature, dans les jeux d’enfants comme dans l’amour fraternel maladroit des adolescents. 

Pour parachever l’enchantement, une bande originale bien pensée permet de marquer subtilement le passage du temps, et Ethan Hawke lui-même donne de la voix dans quelques très jolies scènes révélant l’affection d’un père adulescent pour ses enfants.

Mais à travers le portrait de Mason, c’est aussi une histoire culturelle et politique des Etats-Unis qui apparaît en filigrane, du premier succès de Britney Spears à la sortie du sixième tome d’Harry Potter, de la guerre en Irak à l’élection d’Obama. De sorte que le spectateur se demande par instant s’il est confronté à une œuvre de fiction ou à un documentaire.

Jusqu’ici le cinéma a souvent été plus inspiré pour raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin que pour donner à voir une tranche de vie réaliste sans longueurs. Mais avec ce film unique en son genre, Richard Linklater prouve que les limites du septième art sont loin d’avoir été toutes explorées.

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