thetwofacesofjanuaryJanvier 1962 : les MacFarland, un couple d’américains aisés, visitent les trésors de la Grèce antique. Ils font la connaissance d’un compatriote, Rydal Keener, qui joue les guides touristiques et en profite pour escroquer ses clients et séduire les riches héritières. Mais le plus malhonnête n’est pas forcément celui qu’on croit…

Une très belle affiche et un titre mystérieux pour ce premier film de l’iranien Hossein Amini, jusqu’ici plus connu pour ses talents de scénariste, voilà ce qui m’a attirée dans les salles obscures en ce début d’été (et puis, avouons-le, c’était la fête du cinéma). C’est sans a priori aucun que je suis allée voir ce polar écrasé de soleil dont je n’avais même pas regardé la bande-annonce. Mais le duo Viggo Mortensen-Kirsten Dunst me paraissait d’une classe suffisante pour m’allécher.

Sur ce point, pas de déception : le tandem fonctionne entre l’homme d’affaires secret et faussement dégagé voyageant avec des liasses de dollars dans le double-fond de sa valise et la blonde ingénue légèrement entêtée. Costumes soignés et décors naturels, saturés de lumière (peut-être trop, on y reviendra), contribuent à constituer un écrin pour ces acteurs, et on sent que Hossein Amini a eu le souci du détail, de la reconstitution exacte, du montage qui ne laisse rien au hasard.

Des années que le réalisateur rêvait d’adapter le roman de Patricia Highsmith, auteur de l’Inconnu du Nord-Express (adapté au cinéma par Hitchcock) et de la série des Tom Ripley (qui a donné lieu à de nombreux films), d’où sans doute une telle minutie. Pourtant, sans avoir lu le livre, on se demande un peu s’il ne serait pas passé à côté de l’essentiel.

Certes, l’esprit du polar à l’ancienne est présent dans le trio qui se noue entre le couple MacFarland et Rydal Keener (Oscar Isaac, qui livre une prestation honnête mais manquant un peu de relief). Qui va arnaquer l’autre dans l’affaire ? Plus l’intrigue avance, plus leurs destins semblent liés, au point qu’il ne reste qu’une alternative : s’en sortir ensemble ou se faire prendre. À moins que… On ne peut pas nier la présence d’un certain suspens, culminant lorsque les deux hommes descendent dans une crypte antique et lors de la scène finale. Cependant, quelque chose ne prend pas. Peut-être est-ce une question avant tout esthétique : paysages ocres, lumière dorée, peaux hâlées, costumes clairs, cette débauche de luminosité ne convient pas tellement à un film noir (la preuve, les seules scènes à suspens ont lieu la nuit). Surtout, l’affrontement entre les deux hommes ne permet pas d’entrer dans leur psychologie. Que s’est-il passé dans la famille de Rydal pour qu’il refuse d’être présent à l’enterrement de son père ? Chester MacFarland voit-il vraiment en lui une figure filiale, malgré la haine qu’il éprouve à son égard ? On pressent un rapprochement possible entre eux, une ressemblance qui est sans doute censée justifier un titre que je n’ai pour ma part pas vraiment compris, et la chute va bien dans ce sens. Pour autant, ces questions profondes sont seulement effleurées et laissent la part belle à des tas de scènes de confrontation voilée qui font languir le spectateur.

La rivalité autour de la belle Kirsten Dunst aurait pu pimenter un peu les choses mais elle finit par s’effondrer comme un soufflé, et l’on ne saura jamais si son attirance pour le guide touristique a bel et bien été consommée. Au final, peu d’action, guère de profondeur psychologique, beaucoup d’atermoiements entre deux figures masculines qui auraient pu livrer un duel fort si elles ne s’étaient pas contentées de se jauger en chiens de faïence.

Publicités