Natalia-Doco-Mucho-Chino-chronique« Mucho Chino », évocation de la Chine ? entourloupe (engañar como a un chino) ? beaucoup de bruit pour pas grand chose ? Rien de tout cela, mais une pépite aux sonorités latines et jazzy qu’il faut absolument découvrir.

Le premier album de Natalia Doco est comme un cocktail savouré dans une piscine en plein soleil : une petite douceur qui nous fait songer que la vie est tout de même bien agréable.

À peine le disque sorti, les comparaisons pleuvent pour qualifier le style de la belle Argentine. On a pu citer Amy Winehouse ou Émilie Simon, et la voix de Natalia ressemble en effet à un mélange des deux. Son grain particulier réussit le mystère d’être à la fois plein et léger, voilé et clair, au point qu’on a du mal à le reconnaître d’une chanson à l’autre. Sans doute cela tient-il aussi à la variété de l’album et des orchestrations choisies, tantôt douces tantôt festives, mettant en valeur des cuivres et un accordéon toujours employés avec finesse.

Si l’auditeur succombera sans doute aux mélopées estivales, il aurait tort de ne pas en écouter les paroles. Car, à travers ses compositions, la jeune femme se livre avec sincérité et dévoile les étapes importantes de son histoire. Après un passage dans la Star Academy de son pays, elle quitte l’Argentine pour s’installer au Mexique, où elle vit de sa musique jusqu’à ce que son fiancé de l’époque ne parte avec une autre chanteuse (c’est l’histoire qui donne naissance à la chanson « Mucho Chino »). En vacances en France, elle fait une rencontre qui lui donne envie de venir s’installer à Paris (« Je t’aime »). Mais faute d’argent et de papiers, elle doit retourner en Argentine pour quelque temps et vit alors les tourments d’un amour à distance (« My Distant Gentleman »). Lorsqu’elle revient finalement en France, c’est sans aucune perspective professionnelle et pendant un hiver particulièrement rude qui lui inspire la mélancolique « Pez y Mismo ». Heureusement, les choses se sont arrangées pour elle, et elle peut désormais nous faire partager sa musique, pour notre plus grand plaisir !

Parmi les titres originaux, on remarque que l’espagnol apporte lumière et espoir alors que les paroles en anglais reflètent plutôt les doutes et la mélancolie. Je retiendrai particulièrement l’évocation pudique du désespoir dans « Pez y Mismo » et la déclaration ensoleillée « Je t’aime » qui est aussi un hymne aux heureux hasards de la vie. Concernant les reprises, alternant grands standards et mélodies moins connues comme le single « Freezing » (version originale par Mozella), la plus intéressante est sans nul doute « Et pourtant », tant il est difficile de faire résonner les textes d’Aznavour sans les dénaturer. Natalia y met tout son cœur et nous bouleverse en laissant percevoir une âme qui a déjà beaucoup vécu malgré sa jeunesse.

En concert, l’unité de l’album ressort d’autant mieux que l’artiste n’hésite pas à retracer le fil de son parcours d’une chanson à l’autre. Son plaisir d’être sur scène est communicatif et le public ne peut qu’être embarqué dans son univers solaire et généreux.

3 questions à… Natalia Doco

J’ai eu le plaisir de rencontrer Natalia lors du concert fêtant la sortie de l’album, au Réservoir, le 3 juillet dernier.

  • Pourquoi avoir donné ce titre à l’album ?

À l’époque où je vivais au Mexique, quand mon fiancé s’est rapproché d’une autre chanteuse, ils se surnommaient « chino » et « china » et je voyais passer ces petits noms très souvent sur les réseaux sociaux, d’où le titre de la chanson. C’est ce morceau qui donne son nom à l’album car c’est le début de l’histoire : c’est à partir de là que je suis partie du Mexique, que j’ai dû retourner vivre en Argentine et que je suis venue en France.

  • Aviez-vous particulièrement envie de faire carrière en France ou est-ce un hasard ?

L’essentiel, c’est la musique, je vais où elle me mène. Pour l’instant je vis en France et c’est là que l’album a pu se faire, mais cela aurait pu être ailleurs.

  • On a l’impression que dans l’album les morceaux plus positifs sont en espagnol et les plus tristes en anglais. Le choix d’une langue pour écrire une chanson dépend-il des émotions que vous souhaitez transmettre ?

Non, non, je n’y pense pas, c’est instinctif, l’écriture vient naturellement.

Un grand merci à Natalia Doco pour ses réponses et son sourire.

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