uneanneeetrangereLaura, 17 ans, a perdu son petit frère, décédé dans un accident de mobylette. Pour fuir ses parents qui se renvoient la responsabilité du drame, elle décide de partir comme fille au pair dans une famille allemande. 

Le court roman de Brigitte Giraud m’a laissée perplexe. Il faut dire que ce n’est pas vraiment une lecture estivale ; située pendant l’hiver allemand, l’intrigue abonde en descriptions réfrigérantes : les vastes étendues de neige entourant la maison, le bois sombre, la route menant à l’arrêt du car scolaire dans le petit matin, le vent froid lors de l’excursion danoise… L’auteur campe pour son héroïne un nouvel environnement peu accueillant.

L’ennui, c’est que, comme Laura, le lecteur a tendance à se demander ce qu’il est venu faire dans cette galère. Si le style est sobre et facile à lire, l’histoire a elle aussi tendance à la sobriété : passée l’arrivée de Laura en Allemagne, seuls quelques éléments du quotidien (sortie avec les enfants, fête organisée par ses hôtes, découverte de la bibliothèque, rencontre avec le grand-père) font figures d’événements. C’est peu pour maintenir l’appétit du lecteur qui voudrait bien savoir où tout cela mène.

Car au lieu de regarder vers l’avenir, celui de la famille Bergen mais surtout de Laura, le roman a fortement tendance à faire retour vers le passé. Ce qu’on peut aisément comprendre au vu du deuil vécu par la jeune fille. Les évocations de ses frères sont d’ailleurs assez touchantes, particulièrement ses lettres à Simon, mais aussi l’affection qu’elle éprouve instantanément pour le fils des Bergen, Thomas, qui a l’âge de son frère disparu.

Mais alors qu’on attend que l’état d’esprit de Laura évolue, qu’elle aille de l’avant et envisage son retour en France, elle s’enlise dans une routine infinie et semble en vouloir à son aîné de ne pas en faire autant. Et lorsqu’enfin quelques révélations sur les Bergen surviennent vers la fin en guise de rebondissements, ce sont des éléments attendus que le lecteur pouvait avoir deviné depuis assez longtemps. À l’inverse, des étrangetés intéressantes qui auraient pu être éclaircies, comme le comportement déroutant de la petite Susanne, restent en plan, de même que les possibilités fugaces d’introduire de nouveaux personnages.

Parfois, on se prend à souhaiter que cette Année étrangère devienne vraiment étrange, quitte à tomber dans des situations clairement malsaines. Plusieurs perches sont tendues en ce sens : le refus de Laura que son aîné tombe amoureux, son attirance trouble pour Thomas, le comportement dangereux de M. Bergen à son égard… mais à chaque fois qu’une relation incestueuse se profile un peu trop nettement, l’auteur la déroute pour faire retomber la jeune fille dans son marasme.

Même la lecture de Mein Kampf, encore subversive dans cette Allemagne des années 80 (car au bout d’une cinquantaine de pages, on finit par comprendre que le roman n’est pas contemporain), ne parvient pas à sauver l’histoire d’une chute pleine de bons sentiments.

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