happinesstherapyPat Solitano retrouve sa famille après huit mois passés dans un hôpital psychiatrique pour canaliser ses troubles bipolaires, révélés lorsqu’il a surpris son épouse Nikki dans les bras d’un collègue. Persuadé qu’il peut la récupérer, Pat n’accorde d’abord que peu d’attention à l’originale Tiffany, belle-sœur d’un ami, pourtant visiblement intéressée.

Je ne sais comment j’étais passée à côté du film de David O. Russell, adapté du roman de Matthew Quick, The Silver Linings Playbook. Multi-nominé aux Oscars 2013, il a pourtant valu sa première statuette à la jeune et jolie Jennifer Lawrence. Sauf que chez moi, le cinéma américain n’a droit de cité que lorsqu’il est indépendant et original (façon States of Grace).

C’est après avoir vu American Bluff et y avoir été « bluffée », justement, par la prestation de Miss Lawrence en épouse délaissée que j’ai envisagé de retrouver le trio Lawrence-Cooper-Russell dans ce film au titre mièvre.

Certes, c’est une comédie romantique, on ne saurait le nier. Mais l’humour caustique voire carrément grinçant l’emporte sur l’aspect fleur bleue, fort heureusement. On ne peut s’empêcher de rire des craquages du pauvre Pat lorsqu’il réveille toute sa famille pour mettre la main sur la cassette vidéo de son mariage à quatre heures du matin ou encore lorsqu’il jette par la fenêtre l’Adieu aux armes d’Hemingway, désemparé par la vision du monde pessimiste qui y est dépeinte. Et pourtant, on sait que ces sautes d’humeur relèvent d’une maladie mentale, que « ce n’est pas drôle », mais voilà, David O. Russell a bien compris qu’il valait mieux en rire qu’en pleurer. L’excellent Bradley Cooper aussi, qui nous sert une partition tout en tendresse entre colère, détermination, sensibilité et grain de folie.

Robert De Niro n’est pas en reste en père superstitieux qui joue son avenir financier sur des paris footballistiques. Ce Machiavel de pacotille, prêt à tout pour que son fils assiste avec lui aux matches (il le prend pour un porte-bonheur), met en lumière l’héritage génétique de Pat, qui était au fond voué à la folie.

Cette plongée dans une famille ravagée, au bord du gouffre de la pauvreté, incapable de renouer des liens qui n’ont peut-être jamais vraiment existé, tout en hypocrisie et arrondi d’angles à vif, aurait à force pu déprimer le spectateur. Mais la bonne idée du scénariste est d’avoir laissé toute sa place à l’activité qui va peu à peu rapprocher Pat de Tiffany : la danse. D’abord réticent à l’idée de se donner en spectacle, Pat, féru de sport et de compétition, se prend peu à peu au jeu sous l’œil amusé mais non moins admiratif du spectateur. Et lorsque son ami Danny vient donner un avis sur la chorégraphie des jeunes gens, on assiste à une scène qui réjouira tous les danseurs.

Bien sûr, la chute est convenue et le spectateur avait depuis longtemps compris ce que tramait Tiffany. Mais le film a le mérite des feel-good movies, celui de mettre en avant « le bon côté des choses » (titre du film au Québec), selon le dicton anglo-saxon consacré : « every cloud has a silver lining ».

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