affiche-Les-Femmes-du-6e-etage-2006-1Dans le Paris des années 60, Jean-Louis Joubert, agent de change, doit embaucher une nouvelle bonne, car la bretonne qui officiait à son service depuis des années s’est brouillée avec son épouse. Il accueille donc Maria, la nièce de la femme de chambre espagnole des voisins. En montant au sixième étage, il découvre les conditions de vie des domestiques.

Voilà un film familial dont on me parlait avec emphase depuis un moment déjà. Après L’Année Juliette et Le Coût de la vie, et avant Alceste à bicyclette, l’original Philippe Le Guay retrouvait le fantasque Fabrice Luchini dans une comédie sociale sur la vague d’immigration espagnole des années 60.

D’emblée, le synopsis m’a évoqué celui de La Cage dorée, qui ne m’avait pas vraiment enthousiasmée l’année dernière. Certes, l’époque n’est pas la même, les Espagnoles remplacent les Portugais et il ne s’agit plus de concierges mais de femmes de ménage. Mais la question centrale reste la même, celle du rapport entre les élites françaises de souche et ces déracinés confinés par notre belle République égalitariste dans des tâches subalternes.

Le film de Le Guay a pour lui le choix de ses interprètes : Fabrice Luchini en patron coincé qui se dégèle peu à peu, même si ce type de rôle n’est pas une nouveauté pour lui ; Natalia Verbeke, jusqu’ici inconnue en France, qui incarne une beauté dénuée de naïveté ; Sandrine Kiberlain en épouse rigide et hystérique, et de grandes actrices espagnoles habituées des films d’Almodovar (Carmen Maura, Lola Dueñas).

Tous ces acteurs de talent parviennent à restituer l’atmosphère duelle de l’immeuble : froide et policée dans les salons huppés, chaleureuse et vivante au sixième et dans la loge de concierge où l’on déguste la paella. Mais les clichés ne sont pas vraiment détournés : musique et cuisine traditionnelles, religiosité des hispaniques…

Car le réalisateur semble n’avoir pas osé aller au bout de son parti-pris, celui de montrer la réalité de la vie de ces domestiques : chambres exiguës, sanitaires communs, problèmes de plomberie, travail très dur, harcèlement sexuel ; toutes les difficultés émaillant le quotidien des femmes du 6e sont évoquées. Pourtant, le film ne va pas très loin dans la remise en cause de cet état de fait : si M. Joubert brise les codes, il est bien le seul et tout le monde le prend pour un illuminé, y compris les bonnes. Et son escapade au 6e se termine par un retour chez sa femme. Le happy end, un brin téléphoné, ne change rien à l’affaire : il aura fallu déplacer le cadre et quitter le contexte parisien pour espérer une romance qui ressemble alors à un amour de vacances échauffé par le soleil.

Au fond, rien n’a changé dans l’immeuble, et à part Carmen, la domestique communiste, personne ne semble souhaiter une véritable évolution. Le sort présenté comme le plus enviable est celui de Teresa, épousée par un vieux coiffeur, et dont on espère qu’elle fera désormais les shampoings au lieu du ménage. On n’allait quand même pas lui souhaiter de devenir l’associée de son mari ou de choisir ce qu’elle voulait faire de sa vie !

Bref, comme souvent dans les comédies sociales, la comédie l’emporte sur la réflexion, et l’on préfèrera se souvenir de détails sympathiques et drôles comme la cuisson de l’œuf à la coque de M. Joubert.

 

 

 

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