World-War-Z-Edition-CollectorDix ans après la fin de la guerre des zombies, l’auteur, mandaté par l’ONU, a interrogé des survivants aux quatre coins du globe en vue d’établir un rapport. « Trop de facteur humain », lui reproche-t-on avant de réécrire sa synthèse. Il décide alors de livrer au public les témoignages qu’il a recueillis. 

Trois ans après le Guide de survie en territoire zombie, Max Brooks récidive sur le sujet avec ce roman très original aux allures de compte-rendu. Malgré l’adaptation calamiteuse de Marc Forster, avec Brad Pitt en sauveur de l’humanité, on m’avait hautement vanté les mérites du livre, que je n’aurais sans doute pas eu la curiosité d’aller lire moi-même. Et pourtant, la géniale série The Walking Dead avait déjà furieusement aiguisé mon goût pour les morts-vivants. Heureusement, il y a toujours des amis bien intentionnés pour mettre entre mes mains de nouvelles lectures.

Une chose est sûre : si vous n’êtes pas particulièrement intéressés par le sujet, si vous trouvez l’engouement américain pour ces créatures morbides vraiment glauque et si l’idée de descriptions incluant les mots « crâne », « cervelle » et « putréfié » vous répugne, inutile de vous lancer dans cet ouvrage. Comme tous les romans d’anticipation, World War Z ne prend à son jeu que les lecteurs qui acceptent le postulat de départ : la guerre des zombies a bien eu lieu.

Une fois ce préalable posé, difficile de ne pas admirer le travail fourni par Max Brooks, qui développe son sujet de main de maître, à travers une quarantaine de points de vue. Il crée un réseau d’informations organisé de façon complexe et complète, au point qu’il puisse être utile de lire en établissant une chronologie ou en repérant sur un planisphère les trajectoires des individus évoqués. Malgré l’enchevêtrement d’éléments qui peut parfois égarer le lecteur inattentif et nécessite sans doute plusieurs lectures pour être vraiment assimilé, l’univers déployé dans une extrême cohérence est toujours crédible.

De plus, l’auteur fait naître des idées inédites et très intéressantes sur la propagation d’une possible épidémie dans notre société et sur les échecs qui ne manqueraient pas de subvenir dans la gestion d’une telle crise. J’ai par exemple été frappée par l’hypothèse d’une contamination par des organes transplantés suite à un trafic entre l’Asie et l’Amérique. Mais on peut aussi noter l’inutilité des armements militaires de pointe, la sous-estimation des risques et la mauvaise communication internationale, ainsi que le rôle prépondérant des États-Unis dans la lutte planétaire contre les zombies.

Surtout, Max Brooks arrive à dresser une galerie de personnages vivants et réalistes, qui ont chacun leur voix et leur identité propre, même lorsqu’ils n’apparaissent que sur deux ou trois pages. Je retiendrai, entre autres, le maître-chien et la pilote victime d’un accident d’hélicoptère en plein territoire infesté.

On ne peut que saluer ce roman d’une forme inattendue, qui traite d’une guerre imaginée de toutes pièces avec le sérieux d’un rapport technique et la cohérence psychologique d’une grande fresque comme celles dont les Américains ont le secret. Tant de souci de la précision et du détail sur un thème à la mode et parfois exploité à la légère, voilà de quoi convaincre même les plus sceptiques face à la littérature de genre, et fournir une Bible à tous ceux qui ont déjà un intérêt pour les nouvelles créatures fantastiques de prédilection des années 2010.

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