laconjurationLe narrateur a perdu son emploi, ce qui lui laisse tout loisir de s’adonner à son passe-temps favori : errer dans Paris à la recherche d’endroits insolites, inconnus ou interdits. Il s’intéresse aux églises flirtant avec les sectes lorsqu’il rencontre une ancienne connaissance qui lui propose un travail…

Le roman de Philippe Vasset fut ma dernière lecture du Roman des étudiants France culture-Télérama. Pas facile de passer après certaines belles découvertes telles que Réparer les vivants (https://lilylit.wordpress.com/2014/03/15/au-coeur-de-reparer-les-vivants/) ou La petite communiste qui ne souriait jamais (https://lilylit.wordpress.com/2014/03/22/la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais-anatomie-dun-symbole/). Mais La conjuration a l’avantage d’être difficile à comparer – sauf peut-être aux désolants Renards pâles.

En effet, le thème est par moments assez proche de celui du roman de Yannick Haenel : un narrateur assez mystérieux, désabusé, en rupture avec la société contemporaine, perd son travail et s’abstrait peu à peu dans la contemplation, jusqu’à se faire expulser de son logement. Sauf que, là où Jean Deichel restait cloîtré dans son appartement puis dans sa voiture, le protagoniste sans nom de Philippe Vasset passe sa vie dehors. Dans les rues de Paris, arpentant les trottoirs le nez en l’air, et jusque dans les banlieues les moins avenantes, il cherche un signe, un endroit qui aurait autre chose à révéler que son apparence évidente.

La promenade est intrigante, au point que le lecteur serait tenté de mettre le livre dans sa poche et de partir sur les traces du narrateur, en quête de ces endroits inconnus des cartes ou recelant des mystères bien gardés. Plusieurs pistes sont tour à tour envisagées dans la quête d’une découverte, d’une révélation : le centre commercial Le Millénaire d’Aubervilliers, les « zones noires » protégées par les services secrets, les hangars occupés par les data centers, jusqu’aux églises dévolues à des cultes étranges, dérivés des religions monothéistes.

Le lecteur pense un temps avoir mis le doigt sur le sujet central du livre : c’est donc aux sectes que menait le cheminement du narrateur. Et plus particulièrement à la secte que rêve de monter André, écrivain sur le déclin avide d’argent facile. S’engage alors une deuxième phase du roman, puisque désormais les « promenades paranoïaques » du narrateur ont un but : dénicher le lieu idéal pour une cérémonie mystique populaire.

Et décidément, la construction du roman de Philippe Vasset est étrange, comme fondée sur un principe d’accumulation d’hypothèses. Cette fois-ci, il nous présente la liste des lieux envisagés, pesant pour chaque cas le pour et le contre. Nous voici du côté du manuel de la création de sectes, avis aux amateurs… On s’approche davantage d’une narration classique lorsqu’il décrit son immersion dans les tours de la Défense sur les traces d’une spécialiste de l’infiltration. Las, le projet d’André tombe à l’eau, et le narrateur se retrouve de nouveau désœuvré. Sans travail, sans toit, sans but, que fera-t-il ?

La réponse n’est pas donnée comme telle mais apparaît dans la dernière partie du roman, un ensemble de règles qui semble constituer le credo de la conjuration. Finalement, les rêves de cérémonies grandioses ont cédé la place à une pratique silencieuse de commando, consistant à entrer dans un maximum de lieux interdits et à satisfaire ses instincts voyeurs sans se faire repérer.

Et le lecteur dans tout ça ? Il est un peu perdu, entre toutes ces éventualités qu’on lui laisse entrevoir sans que l’une se dégage vraiment. On se demande ce qu’a voulu produire l’auteur, et, à l’entendre, on a l’impression qu’il ne le sait pas lui-même. On restera donc perplexe devant cet Objet littéraire non identifié.

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