commentjaimangémonestomacAnatole Berthaud a toujours eu l’estomac fragile. Mais faute de l’avoir assez ménagé, celui-ci se réveille et lui signifie son mécontentement par des douleurs qui cachent en fait un cancer. Commence alors un périple hospitalier semé d’embuches…

Ce bref roman, l’un des plus originaux de la sélection du Prix du Roman des étudiants, porte un titre qui annonce la couleur : d’emblée, l’estomac est présenté comme le sujet du livre, pour ne pas dire son personnage principal. On s’attend à un combat entre le narrateur affamé et sa proie stomacale, et il plane sur ce programme un humour alléchant. L’œil malin de l’aigle ornant la couverture (une reproduction d’Hiroshige), confirme cette prévision.

Les premières lignes font mouche : il y est question d’une drôle de pantalonnade, l’essayage d’un pantalon. Un jeu de mots dès l’ouverture, on n’en attendait pas moins de Jacques A. Bertrand, membre de l’équipe radiophonique des « Papous dans la tête ».

Mais très vite, on déchante. Le lecteur qui attendait l’estomac est surpris par ce qu’il perçoit comme une fausse piste : le détour par le parcours d’Héloïse, la compagne du narrateur. Victime d’un AVC, elle est transportée aux urgences et on s’attend à ce que ce soit le point de départ de l’intrigue, alors qu’il s’agit en fait d’une scène rétrospective dont on peine à comprendre le rôle qu’elle vient jouer ici.

La suite du livre continue à perdre le lecteur : Jacques A. Bertrand n’est jamais là où on l’attend. Quand on espère un traitement humoristique de la maladie, il s’attache à nous décrire précisément l’endroit du tube digestif où se situe la tumeur et les symptômes qu’elle provoque, lorsqu’on espère une féroce diatribe contre la médecine façon mauvais malade, on se trouve projeté dans un discours un brin snob sur la bêtise humaine. Pas si étonnant au fond, on dit bien que les angoissés et les aigris sont les plus sujets aux maux d’estomac.

Au moins, on ne pourra pas reprocher à l’auteur de faire dans l’euphémisme, lui qui ne nous épargne aucun des désagréments les plus crus dus à sa maladie. Estomacs sensibles s’abstenir de la lecture sous peine de haut-le-cœur ! Mais où est l’humour tant attendu ? Une ironie très noire parfois, certes, et un décalage plutôt intéressant lorsqu’il évoque ses rêves avec André Breton ou invente une tribu indienne pour justifier son point de vue. Mais pour ma part j’étais très loin du rire.

C’est dommage, car le thème se prêtait à mon sens à un contre-pied que nous laissaient espérer les premières lignes. Mais par la suite, toutes les occasions de légèreté m’ont semblées simplement effleurées. Si l’auteur affirme qu’il n’écrit pas comme une thérapie, on a pourtant bien l’impression qu’il a voulu par ce roman autobiographique se débarrasser de ses humeurs noires afin de repartir du bon pied. Tant mieux si cela lui réussit, quant au lecteur, il reste avec une impression d’amertume étrange, comme s’il venait d’avaler un café court, noir et sans sucre alors qu’on lui avait promis une tasse de ricoré.

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