failliretreflinguéDans les plaines de l’ouest américain, trois hommes et une énigmatique enfant aux yeux bridés cheminent avec dans leur carriole leur aïeule mourante. Ils trouvent refuge dans un campement indien où décède l’ancêtre puis se mettent en route vers la ville où viennent d’arriver d’autres cow-boys aux parcours peu communs.

Dans son dernier roman, sélectionné pour le Prix du Roman des étudiants par France culture et Télérama, Céline Minard nous plonge dans une ambiance de western à laquelle ne manque qu’une bande-son d’Ennio Morricone.

Les décors sont précis et justement décrits, des forêts aux grandes plaines en passant par un saloon plus vrai que nature, et les personnages sont classiques mais bien dessinés : clans indiens rivaux scalpant tout sur leur passage, cow-boys prêts à s’entretuer pour un cheval volé ou une paire de bottes…

Les valeurs du Grand Ouest américain se déploient sur les trois cents cinquante pages du roman. La rudesse de ces aventuriers solitaires s’accompagne d’un courage à toute épreuve et de l’amour de la terre et des animaux notamment incarné par Brad, dont le rêve est d’implanter sa ferme dans un lieu vide d’hommes. Tous ces êtres cultivent le mystère et sont habitués à affronter seuls leurs démons, mais ont parfois un accès de passion pour la gent féminine, représentée par des spécimens particulièrement hauts-en-couleur, de l’indienne qui semble tout connaître du pays et jouer les anges gardiens pour toutes les âmes alentour à la gamine asiatique que l’on retrouve à la fin mystérieusement entourée de ses compatriotes, en passant par une joueuse de contrebasse à la voix capable d’exprimer n’importe quelle émotion et d’imiter tous les bruits, et bien sûr Sally, farouche tenancière du saloon-hôtel de passes.

Le lecteur est plongé en pleine fresque américaine sous la plume de la française Céline Minard, et se réjouit de tenir là un roman d’aventures comme on n’en fait plus, avec le souffle des grands espaces entre les lignes. L’humour ne nuit pas à l’affaire : on aime particulièrement la rivalité entre le saloon et les bains publics de Zebulon, qui n’hésite pas à venir réclamer la nuit d’amour pariée avec Sally… déguisé en femme !

Ombre notable à ce tableau digne de Sergio Leone : les très nombreux personnages partagent presque tous la même errance, ainsi qu’un certain nombre de traits de caractère, leurs trajectoires s’entrecroisent à de multiples reprises, les descriptions physiques sont limitées et les éléments de leur passé et de leur identité souvent dévoilés à retardement. Certes, le suspens fait partie de l’intérêt narratif, mais cette dispersion des informations n’évite pas l’écueil de perdre le lecteur qui se risquerait à fragmenter l’immersion dans ce gros volume. Autrement dit : on risque de passer son temps à retourner en arrière pour retrouver où on a déjà croisé telle ou telle tête, et lorsqu’arrive la conclusion – pas vraiment marquante – on se demande si on ne devrait pas tout relire depuis le début, pour être sûr de ne pas être passé à côté de quelque chose d’essentiel. Une lecture exigeante, qui a le mérite de réhabiliter l’idée du roman comme récit d’une histoire.

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