jacketlamécaniqueducoeurJack est né le jour le plus froid de l’année, si froid que son cœur a gelé. Le docteur Madeleine lui greffe alors une horloge qui assurera sa survie, à condition qu’il respecte trois règles : ne pas jouer avec ses aiguilles, maîtriser sa colère et ne jamais tomber amoureux. Mais le petit garçon croise le chemin de la jolie Miss Acacia…

Voilà un film que j’attendais depuis longtemps. Déjà à la lecture du livre il y a quelques années, j’avais pensé qu’une adaptation serait intéressante. Mais le projet ne pouvait être qu’audacieux, étant donné l’univers complètement déjanté de l’auteur.

Le choix de l’animation m’a d’emblée paru une excellente idée, et avoir vu le film conforte cette impression. Les graphismes sont sublimes, d’une finesse et d’une délicatesse rares. Le regard du chat de Madeleine, la colline enneigée, la peau diaphane de Jack, les moustaches frémissantes de Méliès, graphiquement, tout est réussi. Même le parc d’attractions, lieu loufoque par excellence, est plus vrai que nature.

Et puis, de ces personnages animés se dégage une tendresse qui supplante à mes yeux celle du livre. Le choix des voix y est pour beaucoup, notamment celui de Grand Corps Malade pour incarner le méchant Joe qui, d’un coup, devient moins effrayant mais terriblement touchant. La voix grave et chaude du slameur lui offre une profondeur insoupçonnée, et c’est sans doute le personnage auquel le film apporte le plus. Les autres ne sont pas en reste, d’Olivia Ruiz, enjôleuse et piquante en Miss Acacia, à Jean Rochefort, impayable en Méliès. Finalement, s’il fallait trouver un défaut dans le casting, ce serait sans doute, paradoxalement, chez Mathias Malzieu himself, auteur-réalisateur-compositeur-doubleur.

Certes, Jack est adorable, mais le timbre de Malzieu manque clairement de légèreté pour incarner l’enfant qui découvre la ville et réclame qu’on l’emmène à l’école. On pourra sans doute objecter que Jack est certes petit, mais qu’il n’est pas un enfant comme les autres. Son cœur gelé, remplacé à la naissance par une horloge, lui interdit tout sentiment violent et pourrait expliquer la maturité perceptible dans sa voix.

En tout cas, le parcours initiatique de ce Pinocchio des temps modernes a de quoi séduire petits et grands. Derrière le côté burlesque et effrayant du conte, vraisemblablement inspiré de l’univers de Tim Burton (on reconnaît notamment les petites sœurs des danseuses siamoises de Big Fish), le message est celui de tous les grands romans d’apprentissage, résumé dans la chanson « L’homme sans trucage » : « Je ne suis qu’un trucage humain qui voudrait devenir un homme sans trucage, à mon âge le truc parfait serait d’être considéré comme un homme, un vrai, un grand, un être humain de mon âge, un humain sans trucage. » Pinocchio des temps modernes qui aurait embarqué pour un tour d’Europe, c’est toujours dans une fête foraine que le héros devient l’homme qu’il aspirait à incarner. Comme chez Collodi, Jack doit apprendre à faire de la vérité son arme, en avouant à Miss Acacia qu’il est l’enfant rencontré devant l’orgue de Barbarie.

La fin de l’histoire, différente de celle du livre, laisse le spectateur sur une incertitude : qu’adviendra-t-il de Jack, débarrassé de la clé de son horloge ? Malzieu et son co-réalisateur Stéphane Berla ont eu la finesse de nous laisser choisir entre le sourire et les larmes, et cet entre-deux résume bien l’univers doux-amer de son œuvre littéraire et, désormais, cinématographique.

Un conte intemporel aux images fabuleuses, à voir à tout âge.

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