UnlivreDepuis la fin de son histoire avec Marianne, Thomas déteste tout le monde et parle tout seul. En lisant le journal, il apprend que la femme qu’il a tant aimée vient de publier un roman évoquant leur histoire. La lecture d’Analepse est pour lui une quête de sens qui l’entraîne dans une course folle à travers Paris…

J’avais eu la chance de rencontrer Michaël Cohen il y a quelque temps et de discuter avec lui de son premier roman, Ça commence par la fin (https://lilylit.wordpress.com/2013/11/27/ca-commence-par-la-fin-lamour-est-il-un-eternel-retour/). J’étais repartie avec Un livre, dont j’attendais beaucoup. Je venais d’en terminer la lecture quand il m’a été offert une occasion parfaite de lui rendre hommage, sous la forme d’une critique destinée à me faire intégrer le jury du Roman des étudiants France culture – Télérama. Je suis ravie de devoir ma participation à cette belle aventure à ce roman si particulier.

Après Ça commence par la fin, Michaël Cohen poursuit sa percée littéraire dans un deuxième roman sobrement intitulé Un livre. À travers le monologue intérieur d’un personnage masculin qui rappelle celui de son premier opus, l’auteur persiste dans l’exploration des affres de la passion amoureuse. Cette fois-ci, pas de tête-à-tête entre l’homme blessé et son amante mais un « tête-à-livre » avec le récit qu’elle publie de leur histoire défunte. Plongé dans sa lecture, Thomas sillonne Paris, opposant aux quidams que l’auteur place sur sa route un spleen teinté d’un humour imparable. Une légèreté de ton assumée par le narrateur : « Si ça fait rire, tant mieux. » Nul doute que l’art de la formule jubilatoire déployé par Cohen réjouira le lecteur, sans pour autant lui faire perdre de vue la profondeur du propos.

Car malgré la potentialité d’une réconciliation maintenue jusqu’à la dernière page, la romance achevée devient peu à peu secondaire. À la question du deuil de l’amour se substitue celle de l’expression de la différence du héros. Clown triste attachant et décalé, ce personnage dont la plume de Cohen trace un portrait vivant et sensible révèle un tempérament d’écrivain. L’acuité de son regard sur le monde et son impossibilité à réfréner le flux désordonné des pensées et émotions qui l’assaillent en font le symbole même de l’artiste. Quand on ne peut ni parler ni se taire, il faut écrire, telle est la conclusion de ce deuxième roman original et réussi.

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