letesloveneLe narrateur, jeune étudiant en géographie, part pour quelques jours avec sa compagne Éléna à la découverte de la Slovénie. Le voyage romantique qui devait donner un nouveau souffle à leur relation tourne rapidement au grotesque voire au sordide entre incidents et déconvenues.

Pourquoi ai-je repéré l’Été slovène dans une pile de livres qui attendaient impatiemment un nouveau propriétaire ? Je ne m’en souviens plus très bien. Peut-être le bandeau sur la couverture, montrant un jeune couple au soleil, au bord de l’eau. Sans doute la phrase en surimpression : « Nous n’avions plus qu’à conclure qu’on était à peu près amoureux. » Ce devait être cela qui attira d’abord mon attention : cet « à peu près » énigmatique.

Le roman semblait intrigant à d’autres points de vue. Premier ouvrage d’un jeune auteur inconnu, il annonce la couleur d’une escapade exotique dès son titre. La Slovénie, un pays qui ne m’évoquait rien que l’Est, là-bas, au-delà de l’Italie, et un nom de capitale que j’avais eu du mal à retenir au collège. Ce livre ne pouvait être qu’une surprise. J’aime les surprises.

Divisé en chapitres correspondant aux différents lieux visités par le jeune couple de touristes français, le roman est une sorte de balle rebondissante. Chaque nouveau paysage est l’occasion d’une péripétie inattendue (moins inattendue pour ceux qui se seraient risqués à lire la quatrième de couverture, qui, à mon goût, en dévoile un peu trop). Venus pour se ressourcer et renforcer leur couple, que l’on devine peu à peu vacillant, le narrateur et sa belle trouvent toujours une occasion de se mettre en situation délicate. On rit pas mal des mésaventures narrées avec un mélange touchant de naïveté et de lucidité : la noyade évitée de justesse dans le lac, la nuit passée à la belle étoile dans un parc peu confortable, l’accident de voiture… Mais petit à petit, à mesure qu’on se prend d’affection pour ce narrateur, malgré ses défauts, sa lâcheté, sa goujaterie parfois, sa faiblesse de caractère face à une Éléna spontanée, les mésaventures se font plus inquiétantes, instaurant un climat menaçant lors de la découverte du contenu de l’appareil photo. Si tout le monde autour d’eux semble prendre cet événement à la légère, il constitue selon moi le point de basculement entre l’esprit de vacances joyeuses dans lequel tous les petits incidents peuvent être supportés et un retour au réel qui n’a qu’une seule issue possible : la fin du voyage, marquant la séparation des deux jeunes gens.

Car sous ses airs de road trip cocasse, le roman Clément Bénech ne se contente pas de nous faire découvrir la Slovénie, ses paysages, ses coutumes alimentaires et quelques-uns de ses habitants. Chaque pas dans ce pays est pour nos deux tourtereaux une source de déconvenue, et toute la bonne volonté qu’ils mettent à tenter de sauver leur histoire échoue lamentablement. Si les personnages sont peu marqués, si leurs traits de caractère et leurs goûts ne sont que rapidement évoqués, c’est sans doute moins pour favoriser l’identification que pour en faire les symboles de la vanité des clichés romantiques. La traversée du lac, censée redorer le blason du narrateur auprès de sa dulcinée, se termine par un appel au secours ; l’arrivée en voiture à Ljubljana, « ville des amoureux », se fait en dépanneuse après un accident ;  la nuit d’amour au grand air devient quête éprouvante d’un espace sans bogues de châtaigne… Tout le topos du voyage idyllique se trouve réduit à néant par le biais d’un rappel douloureux du quotidien. Au fond, ici ou ailleurs, rien ne change, car le problème ne vient pas des circonstances mais bien des personnes. Car s’ils avaient été vraiment amoureux, nul doute que le récit des jeunes gens ne se serait pas focalisé sur les désagréments inévitables d’un séjour dans un pays inconnu.

Chronique de la fin d’un amour, le premier roman de Clément Bénech offre par son humour et sa fluidité de belles promesses d’un avenir littéraire à suivre.

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