concert50ansinterÀ l’occasion de son cinquantième anniversaire, France Inter a réuni au mois de décembre une pléiade d’artistes, toutes générations confondues, pour rendre hommage à la chaîne radiophonique avec des interprétations originales.

J’écoute peu la radio, je l’avoue, et je me le reproche. Je ne sais même plus comment j’ai eu vent de ce concert enregistré à la Gaîté Lyrique le 8 décembre 2013. Très long, le spectacle a été retransmis à la radio, mais il en existe une version condensée d’une heure et quart, en vidéo, disponible sur le site de France Inter ou sur Dailymotion, dont je parlerai plus particulièrement, car si certaines prestations n’y sont pas visibles, elle a le mérite de faire la part belle à la musique en évacuant les commentaires des journalistes.

Pour cet anniversaire, France Inter choisit d’axer sa célébration sur le thème du mélange des générations. Une idée intéressante permettant de rassembler des tandems artistiques répondant presque tous au postulat, ainsi de Vincent Delerm et Alain Souchon, qui ouvrirent la soirée. Certes, dans certains cas, la différence d’âge ne constitue pas une génération (entre Juliette et Jean Guidoni par exemple) mais peu importe. L’intérêt premier de ce fonctionnement en duos était de pratiquer quelque chose que l’on voit rarement : les reprises croisées. Il est bien courant à la télévision d’assister à des reprises de morceaux célèbres de monstres sacrés de la variété française, mais il est moins fréquent qu’un artiste confirmé s’essaye à interpréter une chanson de la nouvelle scène française. Mais dans ce concert, l’hommage réciproque fonctionne à merveille, et donne avec élégance ses lettres de noblesse à la jeune génération.

Dans l’ensemble, les mariages des voix sont réussis, mais surtout, les associations en binôme font sens artistiquement et humainement. Certaines paraissent évidentes (Albin de la Simone et Miossec, qui travaillent ensemble sur le nouvel album de ce dernier, Christophe et Julien Doré, dont l’amitié est connue…) d’autres surprennent au premier abord mais souvent heureusement (notamment le duo très intéressant de Camélia Jordana et Bertrand Belin). C’est l’occasion pour les mélomanes de voir des artistes que la télévision n’expose pas assez, à l’instar de Thomas Fersen, venu interpréter du Brassens avec Renan Luce. Les duos témoignent d’une complicité entre les artistes qui fait plaisir à voir, même quand on perçoit quelques faiblesses d’interprétation dues sans doute à un temps de répétition très court.

Personnellement, j’ai aimé à la fois découvrir des chansons que je n’avais jamais entendues (« Les Tuileries », « Je passerai la main »…) et redécouvrir sous un autre angle des grands standards (« La ballade de Jim », « Une nuit sur son épaule »…). J’ai apprécié aussi l’absence de temps mort, même si l’ensemble est assez mal filmé avec des passages de caméra derrière un pilier très agaçants. Les prestations se suivent sans se ressembler mais sont toutes de qualité. J’ai eu un petit faible pour le tandem plein de joie constitué par l’original Thomas Fersen et le si sympathique Renan Luce, et pour la clôture tendre et mélancolique opérée par Julien Doré et Christophe sur « La Dolce vita ».

Un beau moment de partage et d’amour de la musique, plein de talent et d’une sincérité qui fait souvent défaut aux émissions musicales. La télévision ferait bien de prendre de la graine de cette réalisation de France Inter.

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