lareinedesneigesElsa, princesse d’Arendelle, possède de mystérieux pouvoirs qui lui permettent de créer de la glace et de la neige autour d’elle. Après avoir accidentellement blessé sa petite sœur Anna, Elsa vit recluse dans sa chambre. Mais le roi et la reine disparaissent, et à sa majorité, Elsa se voit contrainte de prendre la direction du royaume. Hélas, le secret de ses pouvoirs éclate au grand jour lors du bal…

Après La Petite Sirène, Disney s’inspire de nouveau d’Andersen dans son dernier film d’animation. Inspiration lointaine, force est de le constater : ici, pas de Gerda et de Kay ni de miroir brisé. Du conte nordique, le géant américain n’a conservé que le palais de glace et les décors sublimes d’un pays ressemblant au Danemark enchanté du conteur.

Pourtant, malgré l’infidélité annoncée au conte original, j’avais hâte de découvrir ce que Disney nous avait concocté pour Noël, depuis que j’avais aperçu les premières images bleutées des montagnes enneigées recelant le palais d’Elsa. Je m’attendais à des visuels fabuleux, et je n’ai pas été déçue. Les graphistes de Disney avaient placé la barre très haut avec Raiponce : nature luxuriante, vêtements virevoltants, chevelure brillante et souple, grain de peau parfait, regards expressifs, toutes les difficultés de l’animation avaient été savamment résolues pour nous offrir des images de grande qualité. C’est sans doute à la même équipe de talent que l’on doit les décors époustouflants et les très beaux personnages de La Reine des neiges. Comme Cendrillon en son temps, le dernier né des Disney nous en met plein la vue lors des scènes de bal dans le château, mais ajoute aussi des personnages amusants et visuellement réussis comme les trolls et Olaf le bonhomme de neige. Dès les premiers instants (où l’on voit les travailleurs débiter des blocs de glace et les charger sur leurs traîneaux), on se laisse emporter par la magie des paysages impressionnants. Les effets des pouvoirs d’Elsa sont également très bien rendus avec des arabesques de glace s’étendant rapidement tout autour d’elle, des flocons minutieusement dessinés et un palais aérien tout en transparence.

Bref, Disney nous a habitués à de très beaux films et récidive cette fois-ci avec brio. Mais de belles images ne suffisent pas à produire un long-métrage réussi. Qu’en est-il de l’histoire ? Disney a choisi de s’écarter du conte d’Andersen, ce que l’on peut regretter car il se prêtait pourtant bien à une adaptation cinématographique avec ses animaux parlants et ses créatures magiques. Mais le scénario adopté par le studio américain reste valable, et met l’accent à la fois sur des topoi du genre et sur des éléments peu usités. On retrouve des thèmes habituels aux grands classiques qui ont fait le triomphe de Disney : les princesses, revenues au goût du jour depuis les succès de La Princesse et la grenouille et Raiponce, des animaux dotés d’un caractère bien trempé (Sven le renne, qui n’est pas sans faire penser à Maximus, le cheval de Raiponce), de la magie, une histoire d’amour contrariée qui s’achève en happy end. Surtout, les chansons prennent une place très importante dans le film. Si le début laisse craindre qu’elles ne deviennent envahissantes (voir les multiples reprises du thème Je voudrais un bonhomme de neige), on se laisse finalement conquérir par des airs entraînants comme la chanson du Renouveau ou la parodie L’Amour est un cadeau. On retient surtout l’air de la Reine Elsa, Libérée, Délivrée (en anglais Let it go), un appel à rester soi-même en dépit des convenances.

Pourtant, La Reine des neiges innove, en dépit des critiques que l’on a pu lire à ce sujet. Certes, il s’agit d’une histoire de princesse, mais elles sont deux, ce qui est inédit dans l’histoire des Disney. Pour la première fois, le scénario est centré autour de deux sœurs, Elsa et Anna. Jusqu’ici, le motif de la sororité avait surtout été concentré sur les personnages négatifs (telles Javotte et Anastasie). Ici, l’enjeu amoureux n’est que secondaire face à la relation qui unit la Reine des neiges à sa cadette, comme en témoigne le geste d’amour qui sauve Anna de la mort : son sacrifice pour protéger son aînée vaut bien plus qu’un baiser d’amour sincère. De plus, alors qu’on aurait pu s’attendre à un schéma manichéen entre une méchante reine aux pouvoirs dévastateurs et une héroïne sympathique tentant de sauver le royaume, Disney choisit de doter ses deux héroïnes de défauts et de qualités à parts égales et leur accorde autant de responsabilité dans les malheurs et succès qui frappent le royaume.  Anna est naïve, et manque causer la perte d’Arendelle par son désir d’épouser un intrigant qu’elle vient de rencontrer, mais elle est courageuse et défend sa sœur envers et contre tout. Elsa est dotée de pouvoirs dangereux, mais tente d’en protéger les autres, quitte à s’exiler seule dans les montagnes. Et si Anna rêve d’amour, Elsa reste seule du début à la fin, sans que cela ne pose de problème qu’une reine gouverne sans roi à ses côtés.

On pourra objecter que les retournements sont un peu attendus et que Disney raffole des happy end, fussent-ils tirés par les cheveux. Mais pour ma part, quand je vais voir un film d’animation, j’en attends surtout de belles images, des gags, des chansons, des personnages sympathiques et le sempiternel baiser final. Peut-être suis-je la preuve que les schémas rétrogrades inculqués par les films Disney conditionnent les enfants qui les regardent. Dans ce cas, n’emmenons pas les plus jeunes voir La Reine des neiges. Quant à notre génération chez laquelle le mal est fait, profitons-en et gardons ce bijou pour nous seuls !

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