generationquoi.com« Génération quoi » est une initiative proposée par France 2, définie comme « autoportrait de la génération des 18-34 ans ». L’enquête, sous forme de séries de questions regroupées par thèmes, est accessible à tous sur le site dédié. Au fur et à mesure des réponses spontanées, les chiffres évoluent, dessinant un portrait en mouvement. À ces données numériques se joignent des pastilles vidéos présentant les réponses des premiers sondés, et trois documentaires de la collection « Infrarouge ».

Appelée parfois « génération Y » (« génération why » en anglais, c’est-à-dire « génération pourquoi »), le groupe des 18-34 ans, soit les jeunes gens nés entre 1982 et 1995, a été rebaptisé par France 2 la « génération quoi ». L’idée est justement de trouver le qualificatif le plus approprié pour cet ensemble de jeunes à la frontière entre l’adolescence et la maturité, dans cette période floue que l’on appelle aussi parfois « adulescence ». Mais plutôt que de plaquer un discours extérieur sur les intéressés, la chaîne a eu la bonne idée de leur donner directement la parole, par le biais d’un vaste sondage, disponible sur internet, auquel tout un chacun peut répondre (qu’il fasse ou non partie de la génération concernée).

Parmi les 20 thèmes cités, on trouve des questions universelles : le besoin d’argent, la place de l’amour et de la famille dans la réussite d’une vie ; et d’autres très actuelles : le mariage pour tous, les réseaux sociaux, la montée des extrémismes politiques. Les 143 questions, conçues par les sociologues Cécile Van de Velde, maître de conférence à l’EHESS, et Camille Peugny, maître de conférence à l’Université Paris-VIII, balayent un panel assez large ; mais on pourrait reprocher certaines formulations hasardeuses ou orientées, et le choix assez restreint de réponses. On aimerait parfois, à l’instar des interviewés des pastilles vidéo, pouvoir expliquer sa position, nuancer son propos. On aurait pu envisager un curseur à placer entre « oui » et « non », ou la possibilité d’ajouter de nouvelles catégories de réponses, voire même des questions subsidiaires.

Quoi qu’il en soit, l’idée mérite d’être saluée, et les résultats qu’elle offre, s’ils doivent être pris avec précaution (le pourcentage obtenu est fonction du type de personnes qui ont choisi de remplir le questionnaire, ce qui introduit forcément un biais, aussi démocratique que puisse être internet), permettent une vision globale, complétée par les chiffres annexes présents sur le site, empruntés à d’autres études statistiques. La comparaison avec d’autres pays européens est ainsi souvent éclairante, de même que les schémas et diagrammes illustrant les résultats.

Une question se détache des autres et mérite une attention toute particulière : « comment définirais-tu ta génération en un mot ? » Chaque internaute propose sa propre vision, mais certains termes reviennent de manière nettement plus fréquente. Des mots liés aux nouvelles technologies : « internet », « connectée », « numérique » ; mais aussi des expressions pessimistes : « désenchantée », « perdue », « désabusée ». À ce jour, la définition la plus souvent citée (près de 4800 occurrences) est « sacrifiée ». Une vision très sombre de ces jeunes qui estiment que leurs aînés, en bonne part responsables de leurs maux (« les générations précédentes sont responsables des difficultés des jeunes d’aujourd’hui » : oui à 51%), leur ont laissé une société incapable de les valoriser (« est-ce que la société française te donne les moyens de montrer ce dont tu es réellement capable » : non à 71%)

Le plus intéressant à mes yeux, ce sont les vidéos qui accompagnent les résultats. À travers les réponses de chacun, on y découvre des trajectoires variées, des gens normaux et attachants car justement, comme tout le monde. Dans ces vidéos cela aurait pu être moi, ou vous. Bien sûr, les équipes de France 2 ont pris soin de choisir des personnes « représentatives », donc répondant à un certain nombre de stéréotypes : immigré, gay, piercé, riche, d’extrême-droite, chômeur… Mais qu’importe, la diversité reste présente et donne à réfléchir. Au point que, peut-être par un accès de voyeurisme malsain, peut-être par empathie soudaine, on aimerait en savoir davantage. Comment s’appellent-ils ? Que font-ils dans la vie ? Quel passé les a conduits à penser ainsi ?

C’est en partie à ces questions que répondent les trois documentaires « Infrarouge » associés à cette enquête. Les trois épisodes « Bac ou crève », « Master chomâge et master classe » et « La vie, ça commence quand ? » nous font suivre une année de la vie de certains des interrogés et d’autres jeunes de Cergy. On peut regretter que les caméras se soient posées uniquement à Cergy : pourquoi cet endroit précis ? Pourquoi ne pas avoir suivi des jeunes des quatre coins de la France ? Malgré cette réserve, le contenu est intéressant, bien que variable et mal mis en valeur par la voix off monocorde d’Ariane Ascaride, débitant un tissu de platitudes du début à la fin. Mais certains parcours sont particulièrement touchants. Je retiens pour ma part l’histoire de Vincent, que le licenciement de son père force à choisir une voie qui n’était peut-être pas celle qu’il aurait voulue ; et celle de Sabrina, partie étudiante en histoire au Danemark pour réfléchir à son avenir, et revenue apprentie réalisatrice.

Un portrait sans doute incomplet mais relativement riche et sincère, qu’il serait intéressant de revoir dans dix ans, pour constater l’évolution de cette génération indéfinissable.

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