40 days of datingJessica Walsh et Timothy Goodman sont tous deux new-yorkais, créatifs, graphistes très pris par leurs jobs, et célibataires. En discutant de leurs passés amoureux, ces deux amis prennent conscience qu’ils ont chacun adopté de mauvaises habitudes, et décident alors de tenter de les perdre ensemble. Pendant 40 jours, ils font l’expérience d’un début de relation amoureuse et relatent leurs impressions sur leur blog.

Voilà une histoire vraie qui ressemble à une comédie romantique américaine – et qui ne devrait d’ailleurs pas tarder à donner lieu à un film. Qu’est-ce qui a pu traverser l’esprit de ces deux jeunes gens pour qu’ils se lancent dans un défi aussi risqué ? Pourquoi mettre en péril leur amitié en se comportant comme un couple naissant durant 40 jours ? Au fond, l’originalité du pari réside moins dans le fait de se « rabattre » sur un/e ami/e quand on peine à trouver l’âme sœur que dans cette notion de temps limité. À quoi rime une relation avec date de péremption ? Autant de questions qui m’ont intriguée dès le départ et m’ont poussée à lire le blog « 40 days of dating ».

Du point de vue du lecteur, celui-ci est fort séduisant. Écriture claire et lisible, graphisme chic et pop aux couleurs acidulées, récit quotidien entretenant le suspens, tout est fait pour rendre accro quiconque possède un soupçon d’instinct voyeur. Les deux designers ont mis à profit leurs talents pour illustrer leurs réponses de dessins, listes, slogans amusants. L’authenticité de la démarche est renforcée par la présence de photos, de captures d’écrans et de petites vidéos destinées à nous plonger dans le quotidien de Jessie et Tim. On peut par contre s’agacer de la répétition systématique des mêmes questions jour après jour, ce qui découpe parfois de façon un peu artificielle le récit de leurs aventures, mais cela fait partie intégrante des règles qu’ils se sont fixés au départ.

Parmi celles-ci, on peut s’étonner de constater que la première implique qu’ils passent du temps ensemble tous les jours. Cela m’étonnerait beaucoup que tous les new-yorkais trouvent le temps de se voir quotidiennement dès le début d’une relation ! Bien sûr, cela aurait été nécessaire s’ils avaient dû jouer un couple posé, vivant sous le même toit. Mais dans le cadre de l’expérience « dating » renvoyant à la période de rendez-vous amoureux allant du jeu de séduction à l’instauration d’une vraie relation de couple, cette contrainte ne semble pas réaliste. On a clairement l’impression qu’ils se sont imposés une difficulté supplémentaire. Parmi les autres règles de l’expérience, on trouve le fait de ne fréquenter personne d’autre parallèlement, des rendez-vous hebdomadaires chez une psy de couple et l’obligation d’un week-end en amoureux, qu’ils choisiront de passer à Disneyland.

Si l’expérience est agréable à lire, elle ne le fut apparemment pas autant à vivre. Enfermés dans les codes de l’amour naissant, les deux amis se redécouvrent sous un jour différent, et peinent à poser les contours de leur relation. Au début, ils semblent se comporter davantage comme des amis proches, refusant toute manifestation physique de désir, alors que leur attirance mutuelle est évidente dès le départ. Ils finiront – attention spoiler ! – par coucher ensemble comme tous les couples, mais il est intéressant de constater le rôle de leur entourage dans cette évolution. Tous leurs amis, au courant de l’expérience, semblent avoir décidé de jouer un rôle majeur dans l’aventure. Tantôt ils les poussent à expérimenter l’aspect physique de la relation, tantôt ils répandent des commérages sur l’un ou l’autre. Tous cherchent à savoir si Jessie et Tim décideront de rester en couple après l’aventure. On a vite l’impression que les décisions de nos deux pseudo-tourtereaux sont contraintes : par leurs amis, leur passif, leur psy… Ils peinent à se dissocier du regard des gens, et c’est bien dommage. On aurait voulu savoir ce que l’aventure aurait pu donner si personne n’en avait rien su.

Autre aspect frappant hormis la pression sociale, l’accumulation de clichés brassés par ces personnages. Bien entendu, la femme est romantique, impatiente de s’engager, et a eu le cœur brisé plusieurs fois. Bien entendu, l’homme est volage, fuit l’engagement comme la peste et a déjà brisé le cœur de nombreuses conquêtes. Admettons qu’ils soient vraiment ainsi et que personne n’ait forcé le trait : que ressort-t-il de l’expérience ? Attention, si vous préférez découvrir par vous-mêmes la fin de l’histoire, ne lisez pas la suite de l’article !

On aurait pu s’y attendre : après 40 jours de rendez-vous, de complicité et de parties de jambes en l’air réussies, mais aussi de prises de tête, de migraines, d’angoisse et de doute, Jessie et Tim, obnubilés par leurs défauts respectifs, finissent par se disputer et se séparer au pays de Mickey. C’est évidemment Tim qui rejette Jessie, et celle-ci qui, bien que consciente qu’une histoire n’était sans doute pas possible entre eux, semble vraiment affectée par ce qu’elle vit comme un échec de plus. Rappelons pourtant qu’au départ, il s’agissait pour eux de travailler ensemble sur leur comportement amoureux, et pas de former un couple réel à la fin. Mais voilà, chacun est retombé dans ses travers habituels : Jessie s’est attachée rapidement et a demandé de plus en plus d’investissement à Tim, rebuté par cette volonté d’engagement et craignant de la faire souffrir.

Mais s’agit-il vraiment de travers ? Si 40 jours ne leur ont pas fait perdre leurs « mauvaise habitudes », n’est-ce pas qu’elles ne doivent pas être changées ? S’ils ont l’impression que l’expérience les a enrichis, on peut se demander ce qu’elle leur a réellement apporté. Ils souhaitaient reprendre leur amitié à la fin de l’aventure, on ne sait pas s’ils parviendront à la poursuivre sans que cet épisode ne l’ait trop violemment écornée. En tout cas, il est frappant de constater que tous deux ont eu la même révélation, à des moments différents du parcours : lorsque l’on entreprend une histoire avec la bonne personne, celle avec qui on peut construire une relation solide et durable, on le sait, on le sent. Tim et Jessie savaient dès le départ qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre, et c’est uniquement l’attirance et l’affection mutuelle, assortie de la pression de leur entourage, qui les ont poussés dans les bras l’un de l’autre. Si Jessie a hâte de trouver la bonne personne et le manifeste par un désir virulent d’engagement, et si Tim préfère s’amuser sans trop compromettre son cœur tant qu’il n’aura pas trouvé la femme de sa vie, libre à eux. Pourquoi devraient-ils changer ? Ce qu’il leur faut avant tout apprendre, c’est la patience de vivre leur vie de célibataires en attendant de rencontrer, peut-être, celui et celle qui viendront tout changer.

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