everyone_says_i_love_you.jpgDans le New York des années 1990, la jeune DJ nous raconte l’histoire de sa famille, au fil des saisons. Sa mère et son beau-père préparent le mariage de sa sœur aînée Skylar avec le sage Holden, pendant que son père, installé à Paris, désespère de rencontrer la femme de sa vie… 

Voilà une petite pépite qui m’a été gentiment prêtée par une cinéphile avertie, pour mon plus grand plaisir. Je n’ai jamais caché mon goût pour les films de ce brave Woody Allen, même si malheureusement je ne connais que les plus récents. Je partais donc avec un a priori positif que le visionnage n’a pas déçu.

Dans cette comédie à la fois enlevée et profonde, on retrouve le thème de prédilection de Woody Allen : la complexité des rapports humains, et surtout des relations amoureuses. Le titre annonce la couleur. En effet, tous les membres de la famille Berlin-Dandrige vont tour à tour connaître l’amour, et exposer au spectateur leur vision singulière de ce sentiment unique. La palette est large et donne à réfléchir. Joe, qui n’a jamais vraiment réussi à oublier son ex-femme, s’engage toujours auprès de femmes qui ne lui correspondent guère, comme la belle Von, alors que Steffi a réussi à reconstruire un couple solide avec Bob, mais garde une profonde tendresse pour son premier mari. Skylar, fille de Bob, vit avec Holden une relation paisible et routinière, bien loin de la passion dont elle aurait rêvé. DJ s’enflamme aussi vite qu’elle oublie les jolis garçons qui croisent sa route et tombent tous à ses pieds, alors que ses deux petites demi-sœurs se disputent le cœur d’un jeune garçon du quartier.

Si le thème peut sembler rebattu, la forme l’est moins puisque c’est en chanson que tous ces personnages expriment leurs états d’âme. La complainte nostalgique « I’m through with love », rendue célèbre par Marilyn Monroe dans Certains l’aiment chaud, fait office de fil rouge et confère à l’ensemble une tonalité mélancolique, contrebalancée par des scènes totalement loufoques autorisées par le genre de la comédie musicale. On peut noter à ce titre l’hommage aux Marx Brothers au cours de la soirée où tous les invités se déguisent en Groucho. On rit beaucoup, comme lors du dîner de Thanksgiving avec le repris de justice Ferry, qui reluque toutes les femmes et semble prêt à trucider chaque homme qui passerait derrière lui. Mais le film est aussi poétique et décalé, comme lorsque le défunt grand-père fait jaillir de son cercueil une cohorte de fantômes qui viennent chanter la joie de vivre.

Les effets spéciaux surannés, tels que les fantômes, les portés aériens dans les chorégraphies ou les mannequins qui s’animent dans les vitrines, associés aux vues magnifiques de New York, Venise et Paris, donnent à l’ensemble un charme désuet qui annonce l’atmosphère magique du chef d’œuvre Midnight in Paris. Il manque peut-être à Everyone Says I Love You une once de surréalisme pour emporter complètement le spectateur, mais on suit tout de même avec plaisir et intérêt les tribulations de cette famille de cinglés.

Il faut dire que, comme toujours, le réalisateur a su s’entourer d’un casting impeccable. Il s’offre la présence de sommités telles que Julia Roberts (dont le rôle rappelle un peu l’héroïne de Mange, prie, aime), Drew Barrymore (excellente lorsqu’elle tente de se dévergonder), Tim Roth (surprenant en voyou poète), contribue à faire connaître Edward Norton (très juste en amant médiocre mais fou amoureux), et la toute jeune Natalie Portman, adorable en adolescente vivant son premier chagrin d’amour. N’oublions pas la performance de Woody himself, fidèle à lui-même en looser au cœur tendre. La moins marquante est sans doute la narratrice délurée, dont on ne comprend pas toujours les revirements.

Un joli film donc, drôle, fin et surprenant, conforme à l’univers de Mister Allen, la comédie musicale en plus !

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