« The Bling Ring » : vanité des vanités…

Theblingring.jpgLorsque Marc arrive dans un nouveau lycée de Los Angeles, peu sûr de lui, il se retrouve rapidement sous la protection de la délurée Rebecca. Celle-ci l’entraîne dans des boîtes branchées avec sa bande de copines, puis dans ses petits larcins habituels. Mais un jour, elle ne se contente plus de voler des sacs à main à l’arrière des voitures, et décide de pénétrer dans la demeure de ses idoles, dévalisant les stars au passage…

Bien que souvent sceptique face aux films de Sofia Coppola, j’attendais celui-ci avec impatience. Comment s’emparer d’un fait divers aussi peu consistant que cette histoire de jeunesse dorée et désœuvrée ? Mais c’est surtout l’idée de voir Emma Watson à contre-emploi qui m’intéressait au plus haut point.

La réalisatrice signe un film soigné, avec les défauts qu’on lui connaît : couleurs agressives, musiques tapageuses, mouvements de caméra dans tous les sens. Elle et ses acteurs ont étudié de près le gang réel dont sont inspirés les jeunes personnages du film, et ça se voit. Le film a d’ailleurs parfois presque l’air d’un documentaire, il ne manquerait plus que la voix off façon « Confessions intimes » !

On ne peut nier qu’il s’agisse donc d’une reconstitution la plus fidèle possible du parcours de ces adolescents trop gâtés, fascinés par la célébrité et tout ce qui brille autour. Le film effleure des questions capitales : le rôle de l’éducation (avec toute la théorie du « Secret » de la mère de Nicki, qui semble échappée d’une secte), des médias qui font et défont la célébrité en un éclair, l’oisiveté mère de tous les vices d’une jeunesse dorée livrée à elle-même. Pourtant, on ne peut s’empêcher de se demander : pourquoi tout ceci ? Donnant à voir l’ennui de ses adolescents inconscients, le film finit clairement par ennuyer le spectateur. Une fois qu’on a admiré la plastique des jeunes filles – la gent masculine bavera sûrement devant Emma Watson et consœurs se déhanchant en discothèque ou s’essayant maladroitement au pole dance – et compris le principe d’organisation des cambriolages, le tout est très répétitif.

On s’attend à un événement, un dérapage, mais finalement tout ça ne va pas très loin. Prisonnière de la réalité des faits, la réalisatrice se refuse à extrapoler. Les acteurs sont tellement crédibles qu’on se désintéresse du sort des personnages futiles qu’ils composent. Nous n’aurons droit à aucune scène érotique, ce qui surprend au vu des doses d’alcool et de drogue que s’enfilent les jeunes gens, pas plus qu’à une arrestation en flagrant délit. Même le pistolet volé, qui introduit une certaine tension, ne produira qu’un seul coup de feu inoffensif.

On peut alors s’interroger sur le bien-fondé qui consiste à restituer les faits, et rien que les faits. Sans aller jusqu’à réécrire l’histoire, on aurait aimé essayer de comprendre davantage ce qui a pu conduire cette petite bande jusqu’en prison. Or, en dehors des scènes de larcins, on ignore quasiment tout des personnages. Comment ont-ils grandis ? Où se sont-ils rencontrés ? D’où leur est venue cette fascination pour les stars qu’ils veulent à tout prix approcher ? Comment leur entourage peut-il ignorer leurs activités ? Quelles ont été les réactions de leurs proches lorsqu’ils ont découvert le pot aux roses ? On aperçoit les parents des protagonistes, mais seule la mère de Nicki apparaît plus de quelques instants. De ce fait, le spectateur est privé d’explications, et reste sur sa faim.

Au final, le film n’est pas inintéressant, mais reste pris au piège de son sujet : des ados pas très malins qui ont commis une grosse bêtise. Difficile de produire un film passionnant à partir d’une situation aussi plaquée et de personnages aussi peu attachants. On admirera donc le souci de réalisme et les effets esthétiques, en  s’interrogeant sur la vanité de tout ceci.

3 commentaires sur “« The Bling Ring » : vanité des vanités…

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  1. En fait, ce film est un peu pris dans un cercle vicieux ! En te lisant, on a l’impression que toutes les critiques que tu lui adresses (et tout à fait à juste titre) pourraient se retourner en justifications. Du genre : la vacuité du propos et des personnages comme révélateurs fidèles de la société dépeinte, le peu d’attachement aux héros expliqués par leur égocentrisme hérité de leur éducation, etc… C’est limite pervers ! Au final : faire un film plaisant et agréable semblerait presque contreproductif. Mais, du coup, il n’intéresse personne. En gros, comment transformer une telle vanité en projet riche, sans édulcorer ? Vaste programme ^^. Tu y aurais changé quoi ?

  2. Tu as tout à fait raison ! Je ne sais pas, je pense que j’aurais essayé de donner un peu de matière aux personnages en les montrant avant tout cela, plus jeunes, voire enfants… Mais la grande question, c’est : peut-on faire un film sur la vacuité, à la manière dont Flaubert rêvait d’écrire un livre sur le rien ?

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