unheureuxevenement.jpgBarbara et Nicolas sont jeunes, heureux, amoureux. Sur un coup de tête, ils conçoivent un enfant. La jeune femme découvre alors que la grossesse, l’accouchement et les premiers mois de la vie de maman ne sont pas aussi roses qu’elle l’avait imaginé…

Je n’avais pas entendu parler du livre d’Éliette Abécassis avant son adaptation par Rémi Bezançon, mais je dois dire que mon a priori fut au début plus en faveur du livre. L’idée de démystifier « le plus beau moment de la vie d’une femme » me paraissait fort intéressante, mais je n’étais pas très convaincue par le choix de l’équipe du film. De Rémi Bezançon, j’avais vu le premier long-métrage Le Premier Jour du reste de ta vie, qui m’avait peu marquée et dont je ne garde que quelques images : Déborah François découvrant les joies de la fellation, Marc-André Grondin en ado rocker, Pio Marmai se cognant la tête dans une poutre apparente. La présence de ce dernier au casting d’Un heureux événement était ma raison principale de vouloir voir le film, car il fait partie de mes acteurs fétiches, et pas seulement pour son physique de rêve (si vous ne les avez pas vus, précipitez-vous sur Contre toi et D’Amour et d’eau fraîche pour comprendre mon engouement). Louise Bourgoin, par contre, m’attirait peu, car je gardais en mémoire le cliché de l’ex-miss météo affriolante de Canal, en me disant « encore une qui se pique de faire du cinéma »… Il a fallu que je découvre par hasard Adèle Blanc-Sec pour réviser mon jugement, et envisager sérieusement de me plonger dans Un heureux événement.

Bien m’en a pris, car ce film est un vrai coup de cœur. Drôle et pessimiste, filmé de manière pertinente et créative (je pense entre autres à la scène où le décor tangue autour d ‘une Barbara en proie à la gueule de bois), intelligent jusque dans le choix des petits rôles (Anaïs Croze – chanteuse déjantée de « Mon Cœur mon amour » –, Thierry Frémont, Lannick Gautry…), cette pépite me laissait présager un très bon moment à la lecture du livre éponyme. Et pourtant, j’ai été profondément déçue par le roman. Tout y est vu par les yeux de Barbara, anti-héroïne engoncée dans ses réflexions socio-philosophiques et dans le style souvent redondant de l’auteur. Les descriptions du Marais, ramassis de clichés sur les juifs et les homosexuels, les envolées sur le soi et l’autre, bien loin du niveau de subtilité qu’on pourrait attendre d’un personnage censé rédiger une thèse sur la question, les plaintes geignardes, rien ne contribue à rendre sympathique cette jeune femme aigrie. Dans ce monologue égocentré, aucune place n’est laissée à son compagnon, cité de temps à autre sous l’appellation on ne peut plus bourgeoise « mon ami », dont les réactions manquent cruellement de naturel (lors de l’annonce de la grossesse, par exemple). On admirera donc d’autant plus le talent des deux acteurs principaux du film. Louise Bourgoin, aux antipodes de la brune Éliette, réussit à humaniser son personnage en la rajeunissant et en lui offrant la fantaisie qui lui manque dans le livre. Époustouflante de crédibilité d’après l’auteur elle-même, elle campe une jeune mère dépassée aussi attachante qu’agaçante. Face à elle, Pio Marmaï en père enthousiaste mais déconnecté apporte un contrepoint intéressant et un charme candide au falot Nicolas.

Il faut dire que les acteurs bénéficient d’une partition plus fine que la trame romanesque. Vanessa Portal et Rémi Bezançon ont inséré dans le scénario des scènes que l’on ne trouve pas sous la plume d’Abécassis, et qui sont sans doute les meilleures du film. La rencontre entre les deux protagonistes, d’une banalité sans nom dans le livre, fait l’objet d’une scène d’ouverture touchante, drôle et poétique qui intéresse d’emblée le spectateur au sort de ces tourtereaux attendrissants et donne au film une appréciable touche de légèreté. Par la suite, d’autres trouvailles émaillent le fil de l’histoire telles que l’épisode de la boutique de sextoys (d’ailleurs, si quelqu’un sait où se procurer l’adorable Snoop, je suis preneuse !) ou le personnage du kiné dragueur bien mal récompensé de ses efforts de séduction.

On pourrait croire que le réalisateur a totalement réécrit l’histoire, jusqu’à la chute, plus ouverte et moins sombre que celle du livre. Pourtant, il conserve l’essentiel du roman : sa ligne directrice et ses phrases les plus percutantes, proférées en voix off. Il apporte donc sa patte sans dénaturer l’ouvrage, de sorte que l’auteur a pu qualifier l’adaptation de « trahison fidèle ». J’irai même plus loin ; à mes yeux, le film atteint mieux que le roman le but d’Éliette Abécassis : raconter comment la décision irrationnelle de faire un enfant bouleverse totalement la vie d’un jeune couple. Si vous rêvez de fonder une famille et que vous souhaitez préserver un peu vos illusions, méfiez-vous donc de ce film très convaincant qui révèle qu’un enfant est le plus efficace des tue-l’amour.

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