popredemption.jpgDepuis leurs quinze ans, les quatre potes qui composent le groupe de black métal « Dead MaKabés » répètent dans une cave en rêvant d’un concert important. Alors que seul leur leader croit encore en l’avenir du groupe, ils décrochent une date au Hellfest, le plus grand festival de métal de France. Malheureusement, sur la route, un accident les contraint à changer leurs plans et fait éclater leur cohésion de façade…

Lorsque j’ai vu la bande-annonce de ce film, j’ai tout de suite décrété qu’il fallait que je le voie. Une comédie sur le milieu du métal est un concept suffisamment exotique pour m’enthousiasmer, et me rappeler mes seize ans et ma période « métal symphonique ». Sur le coup, je n’avais même pas reconnu les acteurs sous leur maquillage. Quand j’ai vu le casting, j’ai tout de suite été plus mitigée : certes, découvrir au cinéma le truculent Yacine Belhousse, vu en one man show au Théâtre de Dix Heures, me tentait bien. Mais Julien Doré en métalleux, cela me semblait un peu gros pour passer. Il faut dire que je me souvenais surtout d’une espèce de fou hurlant dans la Nouvelle Star, image à peine rachetée par celle de l’excellent duo avec Cœur de Pirate. Bref, la tête d’affiche ne m’était pas particulièrement sympathique.

C’est donc sans grandes espérances que je me suis rendue au cinéma : le film que j’allais voir m’avait tout l’air d’une pochade rigolote et sans envergure, je m’attendais à rire, rien de plus. Et sur ce plan, je dois dire que le film remplit parfaitement mes attentes. La comédie, à laquelle on peut pourtant reprocher un texte faiblard, joue avec habileté du comique visuel et de situation. Total, pour peu que l’on soit bon public comme moi, on rit pas mal et on passe un moment bien agréable. Pas de quoi faire une chronique, me direz-vous.

Pourtant je trouve dans ce film une qualité particulière : la réussite totale d’un projet présenté comme sans prétention. Martin Le Gall l’affirme : il n’a pas voulu faire un grand film, juste un « film de potes », une comédie légère sur le mélange des genres, le grand écart entre la musique pop crachée par toutes les radios et l’univers particulier du métal. Aucune ambition intellectuelle, et une volonté affichée de ne pas servir un texte plein de trouvailles, pour mettre en valeur les situations et des images fortes, comme celle des métalleux déguisés en hippies. Rarement un réalisateur n’a exprimé une finalité aussi nette et aussi modeste. Et rarement a-t-elle été aussi bien remplie. De ce fait, la moitié des reproches qu’on pourrait adresser au film tombent à l’eau : platitude des dialogues, manque de réflexion, légèreté du scénario… Tout est voulu, tout est assumé.

Cependant, il faut bien reconnaître qu’on aurait pu en attendre un peu plus d’un concept aussi intéressant que la confrontation de deux cultures, musicales mais pas seulement. Le tout flirte dangereusement avec le mauvais goût, à l’instar du générique délicieusement kitsch. Parmi mes réserves principales, le choix de certains acteurs : Jonathan Cohen, actuellement incontournable en second rôle énervant (voir notamment Amour et turbulences), qui nous sert pour la énième fois sa partition de « bon pote looser », mais aussi et surtout le tandem Fleurot-Astier. Les fans de Kaamelott se réjouiront sans doute de retrouver ces deux visages connus, mais pour ceux qui comme moi restent totalement hermétiques à cet univers, l’irruption de répliques dites cultes du type « C’est pas faux » apparaît comme un parasitage déplaisant. Astier fait du Astier, donc, et l’on ne retient au final de sa prestation qu’un magistral « et, voilà, merde ! » adressé au commissaire local : c’est un peu mince. Audrey Fleurot nous campe une gendarmette agaçante qui peine à gagner en profondeur aux côtés de son ado gothique. Personnage intéressant sur le papier, cette dernière pâtit un peu du jeu maladroit de sa jeune interprète, même si on apprécie la scène où elle nous explique les influences musicales des différents types de métal.

Côté bons points, on saluera donc particulièrement l’enthousiasme de Yacine Belhousse : visiblement ravi de ses débuts au cinéma, celui-ci délivre une joie communicative tout au long du film, en particulier dans les scènes de concert. On aime aussi la retenue de Grégory Gadebois, sans doute le plus proche de la réalité du milieu du métal, taiseux, tatoué, mais bon père de famille. Et puis Julien Doré. À la lecture des interviews, on se rend compte que le chanteur a tout compris à son personnage. On regrette la volonté du scénario d’apitoyer sur son sort avec la mort de la grand-mère et la scène de l’église qui s’ensuit (si tant est qu’elle soit destinée à émouvoir, car personnellement, j’ai plutôt ri), mais on salue sa volonté de mêler de pathétique l’aspect tyrannique du leader du groupe. Si l’on ne peut pas dire que le personnage soit foncièrement sympathique, on fait preuve de mansuétude face à ses frasques soutenues pas une idéologie qui se tient. Et quand il invoque Satan en peignant son cercueil, on aurait presque envie de lui faire découvrir que l’amour dans un champ de fraises, c’est bien aussi…

Au final, on s’amuse et on ne s’ennuie pas devant cette comédie sans prétention. L’accueil enthousiaste réservé par le public du Hellfest à la rengaine pop-métalleuse « Strawberries’love » prouve que le mélange des cultures est possible, tant que l’on reste tolérant et indulgent. Pour peu que le spectateur considère le film avec cet état d’esprit, il en gardera un bon souvenir.

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