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Boris, Élie et Maxime n’ont rien en commun. Rien, à part une femme, Charlie. Elle est leur ex, leur fantasme, leur meilleure amie, bref, la femme de leur vie. À sa mort, désemparés, ils décident d’accomplir tous les trois sa dernière volonté : un voyage jusqu’à la maison de vacances où elle rêvait de les emmener.

Difficile de parler de ce film unanimement salué à sa sortie. C’est sans doute cet engouement général qui m’avait alors dissuadée de le voir en salles : je me méfie souvent des exaltations populaires. J’aurais très bien pu ne jamais le regarder, si on n’avait su trouver comment me convaincre. C’est en parlant avec une cinéphile avertie qu’elle m’a tendu ce DVD en me disant « il devrait te plaire ». Je venais d’évoquer mon admiration pour les films de Philippe Lioret, traitant avec sensibilité de sujets toujours difficiles, et mon penchant pour les comédies intelligentes du tandem Toledano-Nakache.

Le petit bijou Comme des frères pourrait en effet apparaître comme une synthèse entre les œuvres de ces réalisateurs pourtant si différents. Comme Lioret, Hugo Gélin choisit de traiter tout en délicatesse d’une question difficile : l’injustice de la maladie qui foudroie à la fleur de l’âge et la façon pour le malade et ses proches d’accepter cette séparation brutale et définitive. On pense ici fortement au sublime Toutes nos envies. Mais le tour de force du réalisateur réside dans le choix de faire de ce thème grave une comédie. Car si le film peut faire pleurer, il fait surtout beaucoup rire, et souvent même pleurer de rire. Le scénario accumule les rebondissements rocambolesques, comme le vol de la voiture de Boris, dont je ne décrirai pas l’état lorsque la police la retrouve afin de ne pas gâcher votre surprise, le jeu abracadabrant de Maxime et ses règles pour aller sur la Lune, le solo d’Élie au karaoké, qui nous offre une mémorable reprise de L’Italiano, et tant d’autres. Le choix des comédiens y est sans doute pour beaucoup. En s’entourant d’un trio d’acteurs si différents, le réalisateur intrigue le spectateur qui se demande quelle alchimie ces trois-là vont pouvoir produire. On retrouve un François-Xavier Demaison aussi hilarant que dans Tellement proches mais plus sensible, plus en retenue, avec une profondeur qu’on ne lui connaissait pas encore. On découvre un Pierre Niney plein de candeur dont la fraîcheur est une bouffée d’oxygène, et on admire le jeu très nuancé de Nicolas Duvauchelle, allant du sarcasme pur et dur à l’émotion sincère.

Rien de très original dans la façon de filmer, qui se contente de suivre ses personnages dans des décors variés et toujours soignés, avec une pléiade d’accessoires amusants comme la Caravelle rouge et la peluche-sac à dos.  On note une jolie maîtrise du flash-back, utilisé parfois à tort et à travers au cinéma de nos jours, mais ici relativement subtil et pertinent. La technique a le mérite de mettre en lumière Mélanie Thierry, fantôme diaphane et lumineux, fragile mais débordant de vie. On regrettera toutefois que certains aspects des personnages ou de leurs relations restent superficiels. On aurait voulu voir Charlie gardant le petit Maxime, adolescente avec Élie, ou à l’époque où elle a quitté Boris. On se demande aussi parfois si le réalisateur n’a pas voulu mettre trop de choses dans son premier long-métrage : certains éléments ou personnages secondaires semblent un peu superflus (je pense à la révélation que Maxime est un enfant adopté, dont on ne voit pas trop le lien avec l’intrigue, ou à l’ex de Boris croisée au karaoké).

Si le film part dans de multiples directions, on en retient le sentiment d’un foisonnement de la vie, comme un pied de nez à la mort. En restant aussi maladroits et gaffeurs qu’ils l’étaient de son vivant, ses trois amis rendent à Charlie le plus beau des hommages. En réalisant ce film si touchant parce qu’imparfait, Hugo Gélin réussit quant à lui le pari d’une comédie vraiment drôle sur un sujet pourtant dramatique. Un bien joli film, donc, à voir ou à revoir.

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